(MARTIN ALEX/Presse Sports)
(MARTIN ALEX/Presse Sports)

The Amundi Evian Championship au juste prix

Pour sa 32e édition (9-12 juillet), le Majeur féminin français pousse sa dotation, qui a quasiment triplé en 10 ans, à 9,1 M$. Une hausse sensible dans un marché du golf féminin où les prize-money s'affolent, même si le delta avec le circuit masculin reste important.

La révolution économique du golf féminin est en marche. Le 3 mars dernier, The Amundi Evian Championship a annoncé l'arrivée de Hyosung, groupe industriel coréen, au sein de son « club des sponsors ». Un renfort de poids bienvenu qui permet au tournoi de confirmer son ancrage en Asie et d'augmenter sensiblement sa dotation pour cette 32e édition.

The Amundi se pose, plus que jamais, comme une référence mondiale du calendrier alors que le golf féminin connaît une croissance spectaculaire de ses dotations grâce à l'arrivée de nouveaux investisseurs et à une exposition médiatique florissante, surtout en Asie et aux États-Unis. La saison 2026 sonne comme un tournant historique tant les records de prize-money tombent comme à Gravelotte...

Pour Franck Riboud, président de The Amundi Evian Championship, cette hausse de dotation ne s'inscrit pourtant absolument pas dans une course à l'échalote, pour coller à la mouvance mondiale actuelle. Elle est juste la prolongation d'un souci d'accompagnement optimal des joueuses, alors que le tournoi est unanimement salué pour la qualité de son accueil et de ses services : « Depuis l'origine du tournoi en 1994, les joueuses sont au coeur de notre projet. Notre ambition a toujours été de contribuer, en impactant tout l'écosystème, au rayonnement du golf féminin mondial et d'offrir aux championnes les conditions qu'elles méritent, à hauteur de nos moyens, et ce de manière durable, j'insiste. L'engagement renouvelé de nos partenaires historiques, notamment Amundi, Evian, Danone et Rolex, ainsi que l'arrivée du groupe Hyosung à nos côtés, nous permettent aujourd'hui de continuer dans ce sens en portant le prize-money à 9,1 M$ (7,85 M€), dès 2026. Mais n'oublions pas ? c'est essentiel ?, la capillarité de notre soutien, à travers ce que nous appelons la Galaxy : de la Kids Cup aux U18, en passant par les Juniors et les néo pros. C'est d'ailleurs cette même démarche qui nous a conduits à soutenir l'Open de France féminin et à reprendre l'organisation d'un tournoi qui était menacé. »

Une dotation supérieure à celle du Chevron

Créé en 1994 par Antoine et Franck Riboud sous l'appellation « Évian Masters », rebaptisé un temps « Évian Championship », doublement sanctionné dès 2000 (LPGA Tour/Ladies European Tour), le tournoi est devenu le cinquième Majeur lors de l'édition de 2013, disputée en septembre. Déplacé en juillet dès 2019, doté du patronyme de son sponsor titre en 2021, devenu iconique en 2023 avec le récital de Céline Boutier, The Amundi Evian Championship bascule donc dans une nouvelle ère.

Sa dotation avait déjà été régulièrement augmentée, passant notamment de 4,1 à 4,5 M$ en 2021 (3,5 à 3,9 M€), puis à 6,5 M$ (5,6 M€), l'année suivante. L'an dernier, lors du succès de l'Australienne Grace Kim, en play-offs face à Jeeno Thitikul, elle avait atteint 7,9 M$ (6,8 M€). En 2026, elle sera donc de 9,1 M$ (7,85 M€), soit légèrement plus haute que la dotation du Chevron Championship (9 M$, 7,78 M€), levée du Grand Chelem avec le prize-money le moins élevé, et dans l'aspiration de celle de l'AIG Women's Open (10 M$, 8,6 M€), le British au féminin ayant triplé sa dotation en huit ans. L'US Open et le KPMG PGA Championship sont, eux, perchés à 12 M$ (10,4 M€).

(Manuel BLondeau AOP PRESS/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Manuel BLondeau AOP PRESS/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Engagée cette saison sur le LET, Céline Herbin espère être de la partie en juillet à Évian, où elle avait passé le cut en 2016, 2019 et 2021, sur un tournoi dont la légitimité est incontestable : « La notoriété et le prestige de The Amundi sont vraiment là, sur le circuit, pour les joueuses. Il n'y a pas de débat. C'est mon tournoi préféré. C'est un Majeur indiscutable par la difficulté du parcours, l'exigence du jeu demandée, le test golfique, la qualité de l'accueil, les services. Si certaines joueuses, notamment certaines Américaines, rechignaient parfois à faire le déplacement, c'était pour une raison très simple : elles n'aiment pas ne pas avoir les pieds à plat et se retrouver avec des "lies" qu'elles rencontrent rarement le reste de l'année. Evian est un parcours singulier qui demande beaucoup de création de trajectoires. »

Le propos de Céline Herbin n'est pas isolé. Il est appuyé par celui de Karine Icher, 5e en 2005 à Evian, année où elle prit la sixième place de l'US Open dans le Colorado (Cherry Hills), et qui resta longtemps la meilleure Française dans le format « Majeur » de The Amundi avec sa 20e place en 2015 : « Evian, c'est difficile, particulier. Sur ce tournoi, pour performer, il ne faut pas avoir que le niveau. Les bons coups ne sont pas toujours récompensés. Il faut les bons kicks, les bons rebonds, il faut que ce soit ta semaine, que les planètes s'alignent. Même si certaines routines peuvent être modifiées par la géographie des lieux, des joueuses qui refuseraient de venir à cause de ce paramètre seraient des "chochottes", surtout vu le prize-money désormais en vigueur. »

132 M$ pour le LPGA, 46 M$ pour le LET

Karine Icher (47 ans) se réjouit de la reconnaissance grandissante du golf féminin et des sommes qui y circulent enfin : « Le seul sport avec lequel on peut se comparer, dans lequel il y a aussi beaucoup d'argent, c'est le tennis. Les joueuses de la WTA sont logiquement dans la revendication pour l'égalité des prize-money alors qu'elles ne jouent que trois sets en Majeur contre cinq pour les hommes. Nous, on joue 72 trous, comme les hommes. Il n'y a donc pas de différence. On a encore du chemin à faire, il reste une forme d'iniquité même si les choses ont bien bougé depuis une dizaine d'années. A l'époque où j'ai commencé, tout le monde se plaignait déjà, on avait des représentantes LPGA qui portaient notre voix mais on ne pouvait pas y faire grand-chose. »

« La notoriété et le prestige de The Amundi sont vraiment là, sur le circuit, pour les joueuses. C'est mon tournoi préféré. C'est un Majeur indiscutable par la difficulté du parcours, l'exigence du jeu demandée, le test golfique, la qualité de l'accueil, les services »

Céline Herbin

Les lignes bougent. La LPGA a annoncé une enveloppe globale record de 132 M$ (113 M€) de prize-money pour 2026, répartie sur 33 tournois. Il s'agit du montant le plus élevé dans l'histoire du circuit féminin. La lauréate du CME Group Tour Championship repartira notamment avec un chèque de 4 M$ (3,4 M€). Ce boom est également visible en Europe. Le Ladies European Tour (LET) a annoncé pour 2026 un fonds global supérieur à 46 M$ (39,7 M€), un record absolu pour le circuit continental. Dix des 30 tournois du LET ont désormais une dotation supérieure à 1,1 M$.

Un net progrès salué par Céline Herbin : « On essaie petit à petit de se rapprocher de ce qu'ont les hommes mais l'écart reste conséquent. Notre qualité de jeu est reconnue, les audiences sont bonnes aux USA, où on sent une vague prendre avec de nouveaux investisseurs, et en Asie. Le LET est aussi bien exposé en Europe avec des retransmissions gratuites sur YouTube, même si peu de monde le sait, hélas. Dans les réunions, que ce soit sur le LPGA ou sur le LET, ça fait quand même quelques années qu'on essaie vraiment de pousser en mettant l'équité au coeur des priorités. »

Mais The Amundi, ça n'a pas de prix...

Il y a urgence, martèle la Française : « On a beaucoup de frais sur les tournois, sur le LET et même sur le LPGA. Pour les filles qui passaient le cut mais terminaient vers la fin du classement, c'était vraiment très compliqué économiquement. » Au-delà de la dotation globale, la question de la répartition reste en effet un sujet central. Désormais, sur certains tournois, notamment les Majeurs, des garanties ont d'ailleurs été fixées. Sur The Amundi Evian Championship, chaque joueuse du champ percevra ainsi à minima près de 3 500 $ (3000 €. C'était 3000 $ en 2025).

Il y a du mieux, se félicite Céline Herbin, même s'il reste du chemin : « Quand vous voyez qu'Aaron Rai prend 4 M$ en ayant gagné le PGA Championship, on est encore loin du compte pour nous (sur un Majeur féminin, environ 15 % de la dotation revient à la lauréate, ndlr). Après, les Saoudiens ont complètement modifié les curseurs financiers avec le LIV, ce qui a recréé un gap entre les hommes et les femmes. Mais ils ont aussi pas mal investi dans le golf féminin et, dans une moindre mesure, poussé dans notre sens. »

(Manuel BLondeau AOP PRESS/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Manuel BLondeau AOP PRESS/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Outre les Majeurs, plusieurs tournois dépassent désormais allègrement le million d'euros de dotation, notamment grâce au soutien massif du fonds souverain saoudien. En mai dernier, Golf Saudi et le Public Investment Fund (PIF) avaient notamment lancé le partenariat d'une série de cinq tournois sur le LET (PIF Global Series) alors qu'Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne, sponsorisait déjà des tournois. L'Aramco Championship, co-sanctionné avec le LPGA Tour et remporté début avril par Lauren Coughlin, affichait notamment un prize-money de 4 M$ (3,4 M€).

Alors, bien sûr, ces considérations économiques restent le nerf de la guerre. Mais poser le tee avec vue dégagée sur le lac Léman n'a jamais eu de prix pour Céline Herbin, qui compte deux succès sur le LET (Lacoste Ladies Open de France en 2015, La Reserva de Sotogrande Invitational en 2019) et dont le meilleur résultat en Majeur reste une 14e place lors de l'US Open 2021 : « J'ai de gros souvenirs à Evian. En 2016, pour mes débuts, je pars du 10 sur le deuxième tour, je suis un peu en danger pour le cut. Sur le retour, au 3, je fais eagle en rentrant mon coup de fer. Moment magique. En 2021, c'était autre chose. Je me retrouve 15e après deux tours. Et là, je joue la partie du samedi avec, notamment, Brooke Anderson. Et franchement, au départ du 1, c'est la première fois que je ressens autant de stress et d'adrénaline en posant le tee, tellement il y avait de monde pour former une haie dans la ligne de jeu vers le fairway. Ce moment m'a vraiment marquée. » Pas de prix, on vous dit...