revenir à l’accueil
Kenny Le Sager et Joël Stalter au Paris International Golf Club. (Albin Durand/Journal du Golf)
Kenny Le Sager et Joël Stalter au Paris International Golf Club. (Albin Durand/Journal du Golf)

Qui est Kenny Le Sager, le coach de Joël Stalter ?

Kenny Le Sager, par son discours et sa vision particulière du swing a aidé Joël Stalter à se retrouver et même à gagner sur le Tour européen. Pourtant, cet ancien joueur de haut niveau n'était pas prédestiné à devenir coach. Une reconversion qui s'est même jouée sur un coup de fil.

Kenny Le Sager, c'est l'histoire d'une reconversion. Celle d'un joueur talentueux que le monde pro a peu à peu essoré. Celle d'un compétiteur acharné qui a su faire confiance à son instinct et à sa bonne étoile quand tout semblait bien sombre. Car à la base, la trajectoire de ce costaud gaillard de 38 ans n'était pas censée le faire passer par la case enseignement. Les cours, c'était plutôt lui qui les recevait des meilleurs techniciens tricolores. Les grands drives avec ce swing visuellement parfait, c'est lui qui les décochait. Les tournois sur l'Alps Tour et le Challenge Tour, c'est lui qui les vivait et à l'extrême, même. Mais cette vie à courir après les résultats à travers l'Europe a peu à peu épuisé la passion du Français.

De la « petite mort » au coaching

Après quelques années sur le Tour, Kenny raccroche les gants. Fin 2014, il coupe même net avec le golf. « J'ai bossé dans un bureau pendant six mois. J'étais chargé de développement commercial dans la boîte d'un ami. C'était sa manière de m'aider à me retourner. J'ai eu besoin de ce sas de décompression pour faire le deuil de mes ambitions de joueur. C'était comme une petite mort... » Mais en six mois, le virus vert refait surface. Et ce qui était resté caché dans un petit coin de la tête réapparaît : « J'avais passé mon diplôme d'enseignant quand je jouais. J'ai toujours adoré la technique, c'est mon truc. Alors je me suis dit qu'il fallait tenter quelque chose dans cette direction. »

« Passer du côté autocentré du joueur à celui très à l'écoute du coach n'a pas été trop compliqué »

Kenny Le Sager

Coup de poker gagnant

Les débuts dans ce nouveau monde se font sur un quasi-coup de tête. « En feuilletant Practice, le magazine de la PGA France, je me rends compte que l'ancien responsable de l'enseignement au Paris International Golf Club, Rémy Bedu, est parti vers un nouveau projet. Je n'ai pas trop réfléchi. J'ai fermé le magazine et j'ai appelé le directeur du golf du PIGC, que je connaissais. » Le coup de poker est total. « Je voyais ça comme une opportunité, un signe qu'il fallait me lancer. Et je lui ai dit texto : "Je ne sais pas si vous cherchez un nouvel enseignant, mais si c'est le cas je veux cette place." J'y suis allé franco, chose que je n'avais jamais faite... »

D'un seul coup ou presque, Kenny le joueur se transforme en Kenny l'entraîneur. Mais la métamorphose est à la fois douce et délicate. « J'ai vite commencé avec l'école de golf et bien sûr je me suis rendu compte qu'enseigner était loin d'être facile, se souvient le Parisien. Dans le même temps, je me suis découvert des talents insoupçonnés. J'étais très impatient dans mon jeu, alors que je suis très patient et conciliant avec mes élèves. J'ai développé une réelle envie de me mettre au service des autres, de les faire progresser. »

Changer d'objectif

Voilà cinq ans que Kenny Le Sager officie au PIGC. Et non, le jeu en compétition ne lui manque pas. En revanche, il n'a pas mis de côté son esprit de compétiteur. « Passer du côté autocentré du joueur à celui très à l'écoute du coach n'a pas été trop compliqué, précise Kenny. D'un côté comme de l'autre, mon esprit de compétition joue à plein. On veut être meilleur chaque jour que ce soit en tant que joueur ou que coach. Je continue à sans cesse chercher des manières d'apprendre et de progresser pour mieux aider quelqu'un qui slice, qui fait des sockets ou autre. »

Pour épauler un joueur, la méthode Le Sager est plutôt simple : « Une leçon avec moi, c'est d'abord beaucoup de discussion. J'ai besoin de savoir d'où vient le joueur, ce qu'il recherche, quels sont ses autres passions, ses sports préférés, etc. J'aime bien faire des parallèles avec la vie des élèves. On peut trouver des images qui leur parlent. »

(Albin Durand/Journal du Golf)
(Albin Durand/Journal du Golf)

Le corps au centre de tout

La particularité de coach Le Sager est de ne pas tout miser sur la palette technologique très large à laquelle il a accès au PIGC. « Ce sont des outils, mais pas une fin, précise-t-il. L'oeil et l'imagination sont tellement plus importants que toutes ces données. J'ai eu tendance à ne faire qu'avec ça au début. Sauf que ça peut devenir frustrant quand on ne parvient pas à trouver la bonne façon de faire malgré ces data. »

Pour autant, le Français a une approche un peu différente du swing. Le club n'est pas le centre de son attention, c'est le corps et l'harmonie dans laquelle il bouge qui le préoccupe. « Je pars du principe que le corps est globalement le même pour tout le monde. Il y a bien sûr des différences d'amplitudes de mouvement. Mais les meilleurs joueurs de la planète ont énormément de similitudes dans la manière dont ils bougent. À mon sens, si le corps bouge bien, le club suivra. » L'anatomie humaine est devenue une spécialité de cet autodidacte qui se réfère aux manières d'enseigner de Kelvin Miyahira ou George Gankas (coach de Matthew Wolff).

« J'en ai bavé avec le haut niveau. Tout ce que je vis aujourd'hui me paraît tellement plus doux... »

Kenny Le Sager

Le challenge Stalter

Pas étonnant donc que Joël Stalter ait été intrigué par le discours de celui qui est devenu en quelques mois son référent technique. « Je n'ai pas mâché mes mots quand on parlait de lui ou de son swing, se souvient Le Sager. Le but était de lui faire apprécier de nouveau le joueur qu'il est, le swing qu'il a... Ça a été le plus gros travail, parce que techniquement ce n'était vraiment pas un gros chantier. Je crois que c'est cette franchise d'entrée qui a instauré une réelle confiance mutuelle. » Voilà donc l'ancien joueur au chevet d'un de ses pairs le plus talentueux. Un sacré défi pour le tout jeune enseignant qui était quand même parvenu, entre-temps, à placer deux de ses élèves de l'école de golf en équipe de France. « Quand Joël m'a demandé de l'aider, j'étais à la fois excité et un peu impressionné, se remémore Le Sager. C'était avant tout un énorme challenge. Et le plus gros danger était de ne surtout pas tomber dans le "qu'est-ce que j'aurais fait à sa place ?" Il ne fallait pas coacher par procuration. » L'écueil est évité à la faveur d'une expérience précieuse du Tour. « J'ai vécu durement le golf de haut niveau, avoue le Francilien. J'en ai même bavé. Du coup, tout ce que je vis aujourd'hui me paraît tellement plus doux... »