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Phil Mickelson, ici au Saudi International, reste à 50 ans l'une des légendes du golf. (M.Coulomb/DR)
Phil Mickelson, ici au Saudi International, reste à 50 ans l'une des légendes du golf. (M.Coulomb/DR)

Phil Mickelson : « Je ne sais pas jouer défensif »

S'entretenir avec Phil Mickelson c'est plonger dans un univers doux dingue, mixant attaque à outrance et réflexions poussées sur le jeu qu'il vénère. On y parle réseaux sociaux, Ryder Cup, Masters, longévité et bien sûr grosses mines au drive !

En seulement quelques posts depuis votre arrivée sur les réseaux sociaux vous avez tué le jeu... Pourquoi avoir mis autant de temps à vous y inscrire ?

« Je ne sais pas pourquoi je ne m'y suis pas mis plus tôt... Parce que c'est tellement puissant et fun pour interagir avec les fans. Je crois que je n'avais pas pris la mesure du pouvoir qu'ont les réseaux sociaux, la faculté qu'ils ont à rassembler les gens. J'avais vraiment envie de m'amuser quand je m'y suis mis. J'avais pas mal d'idées plus ou moins farfelues que j'ai pu mettre assez vite en place. C'est aussi un moyen pour moi de réaliser quelques vidéos d'enseignement qui je l'espère servent à plein de joueurs.

Signer autant de drapeaux, de casquettes après mes parties, c'est ma façon de remercier tous ceux qui me permettent de vivre de ma passion.

Phil Mickelson

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris depuis que vous êtes actifs sur les réseaux ?

C'est vraiment le nombre de gens qui gravitent autour du golf qu'on peut toucher en très peu de temps qui me scie. Je ne m'attendais vraiment pas à ce que mes vidéos résonnent aussi vite et aussi fort.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus, est-ce la liberté de ton que vous pouvez avoir ?

Un petit peu oui. Mais c'est surtout le fait de pouvoir créer un lien que j'adore. C'est sûr que ça permet de se dévoiler un peu plus. Les fans se font sans doute une certaine idée de qui je suis lorsque je joue un tournoi. Peut-être ne s'imaginaient-ils pas que je suis un peu différent en dehors des cordes. Les réseaux sociaux sont un super outil pour dévoiler d'autres facettes parfois un peu cachées de sa personnalité. En tout cas, c'est ce que j'essaie de faire de façon marrante.

On vous a toujours vu passer des heures à signer des autographes et passer du temps avec les fans, est-ce naturel chez vous ?

(Il sourit) Signer des autographes fait partie intégrante du métier de golfeur pro. Je dirais même une part prépondérante et c'est pour ça que j'y prête une grande attention. Signer autant de drapeaux, de casquettes après mes parties, c'est ma façon de remercier tous ceux qui me permettent de vivre de ma passion. Je ne le fais qu'après mes parties parce que j'ai besoin de rester très concentré sur ce que je fais sur le parcours. Je ne signe jamais de choses pendant mes parties d'entraînement non plus. Mais après, il y a toujours du temps dans mon agenda pour ça. Toujours.

L'une de vos punchlines depuis quelques mois maintenant sur les réseaux est le fameux « hit bombs », taper des mines ! Est-ce lié à votre perception du jeu moderne ?

C'est plutôt la façon dont j'aime jouer au sens large. Je pense qu'on peut avoir du succès à ce jeu en étant plutôt droit et court. Mais pour dominer au plus haut niveau il faut avoir de la vitesse, il faut taper très fort. Ces quatre dernières années, ma vitesse de tête de club est tombée à 115mp/h. Mais l'an passé je suis repassé au-dessus des 120 mp/h.

Ça fait une énorme différence sur le parcours parce que ça me permet d'attaquer dans tous les sens comme j'aime le faire. L'idée c'est de taper le plus loin possible, d'avoir un maximum de wedges à jouer pour être le plus près des trous et donc rentrer des tonnes de birdies. Mais je ne peux pas suivre cette philosophie de jeu sans vitesse. Voilà pourquoi je m'amuse à lancer des « hit bombs » de partout. Parce que j'ai besoin d'en balancer de très grosses driver en mains.

J'ai trouvé que c'était un très bon parcours. Par contre ma façon de jouer cette semaine précise ne m'a pas aidé à y performer c'est sûr. J'en mettais partout et là-bas ça ne pardonnait pas. Honnêtement pendant les reconnaissances j'avais la sensation que je pourrais m'en tirer car le driver n'est pas obligatoire partout. Mais je n'ai tout simplement pas assez bien joué. Ce n'était pas un hasard si je n'ai joué qu'un seul double avant le dimanche...

Je sais que pas mal de gens pensent que je suis un peu taré de tenter certains coups. Mais je suis comme ça, je vois des coups, je les analyse et si les probabilités de réussite me paraissent élevées, je les tente.

Phil Mickelson

Si vous aviez à choisir un des nombreux recoveries que vous avez réalisé lors de votre carrière, lequel aurait votre préférence ?

Dans mon esprit, c'est assez simple. Le coup qui peut même définir la façon dont j'aime jouer au golf c'est celui du 13 à Augusta pendant le Masters 2010. Ce deuxième coup depuis les épines de pins vers le green me définit assez bien. J'aime attaquer les par 5. Si je vois une trouée quelque part dans les arbres, il faut que j'y aille. Je ne sais pas jouer défensif et ça m'a bien sûr joué des tours au long de ma carrière. Mais à Augusta, j'attaque de partout, c'est ma façon d'aborder ce tracé. Et en 2010 ça m'avait plutôt bien réussi.

Vous aviez joué ce coup précis du 13 tellement vite à l'époque... Est-ce votre façon d'aborder le golf en général : de façon instinctive ?

En fait, j'aime attaquer mais je ne le fais jamais n'importe comment. La première chose que j'analyse de façon très rapide ce sont les probabilités de réussite et d'échec des coups qui se présentent à moi. Qu'est-ce que j'ai à gagner, qu'est-ce que j'ai à perdre ? Oui je sais parfois que je vois des coups que peu de monde auraient en tête. Je sais que pas mal de gens pensent que je suis un peu taré de tenter certains coups. Mais je suis comme ça, je vois des coups, je les analyse et si les probabilités de réussite me paraissent élevées, je les tente. Pour revenir à ce coup du 13 d'Augusta en 2010, il faut bien se rendre compte que la position dans laquelle ma balle se trouvait, était idéale pour un gaucher. C'était surtout un coup idéal niveau dispersion.

Qu'entendez-vous par cette notion de dispersion, surtout à ce moment du Masters 2010 ?

Je m'explique parce que ce n'est pas quelque chose dont on parle beaucoup. Qu'on soit droitier ou gaucher, on aura forcément des trous qui nous conviendront plus ou moins. Le 12 d'Augusta est par exemple un trou délicat pour les droitiers parce qu'il se ferme vite sur la gauche.

Si un droitier envoie sa balle en pull, vers la gauche, il se retrouve injouable très vite. Et s'il envoie sa balle un peu trop en fade ou en push fade, court vers la droite, c'est l'eau qui l'attend. À l'inverse pour un gaucher ce même trou est presque parfait. Je m'aligne sur le centre du green, si je pull la balle vers la droite, elle se retrouvera un peu trop longue, mais sur le green. Et si je rate un peu trop sur la gauche, donc si mon fade est trop prononcé, je trouve quand même un bout de green et l'eau n'est pas en jeu. Dans mon esprit, le green du 12 est donc bien plus vaste que pour un droitier. Et au 13 c'est exactement la même chose.

Voilà pourquoi je n'ai pas pris énormément de temps pour jouer ce deuxième coup vers le green. Je me suis aligné au centre du green, et peu importe ce qui se passait je savais que j'allais le trouver. À l'inverse, il faut que je fasse très attention au 16 d'Augusta, parce qu'il ne correspond pas à ma dispersion naturelle.

Vous avez eu 50 ans cette année, mais vous ne les faites pas... L'âge n'est-il qu'un nombre à vos yeux ?

C'est un nombre oui. Mais il ne faut pas non plus occulter le fait que plus on prend des années, plus il faut travailler dur pour se maintenir au même niveau de performances. Il faut bosser dur pour taper toujours aussi fort, pour récupérer. Il faut travailler énormément à la salle de sport pour pouvoir accumuler les heures d'entraînement au golf. C'est un ensemble auquel on ne pense pas quand on a 20 ou 30 ans. Mais même si c'est plus dur, j'aime toujours autant m'entraîner donc c'est toujours aussi fun !

Vous êtes sorti du top 50 planétaire pour la première fois depuis des décennies l'an dernier. Retrouver cette élite, c'est ce qui vous motive aujourd'hui ?

Ce qui me pousse à travailler toujours plus est le challenge. Le fait de pouvoir me mesurer à de jeunes talents ça me motive. Je me sens toujours capable de jouer au plus haut niveau face à ces joueurs-là et c'est ce qui me pousse chaque jour à travailler. »