Nicolas Colsaerts à la mythique Ryder Cup de 2012. (Mark Newcombe/VISIONS IN GOLF/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
Nicolas Colsaerts à la mythique Ryder Cup de 2012. (Mark Newcombe/VISIONS IN GOLF/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Nicolas Colsaerts : « J'ai vécu des émotions incroyables »

À 43 ans, Nicolas Colsaerts a disputé au Soudal Open (21-24 mai), le 505e et dernier tournoi de sa carrière sur le DP World Tour. Le Belge range ses clubs avec dans sa salle des trophées : 3 victoires sur le Tour et une Ryder Cup de légende en 2012. Mais « Le Cols », c'est surtout une personnalité à part qui respire le golf et la passion. Nous l'avions rencontré à l'occasion de l'AfrAsia Bank Mauritius Open en décembre.

Nicolas, nous allons retracer votre carrière via Journal du Golf. Vous avez parfois fait la Une, notamment sur notre n°16, en 2006. Et vous évoquez une date : le 14 novembre 2000.

Nicolas Colsaerts : « Forcément. Cette date, c'est le jour de mes 18 ans et c'est à ce moment-là que je décide de passer professionnel. On était seulement deux jours avant le début des cartes européennes, qui se déroulaient en Espagne, à Sotogrande. Je me suis dit que c'était cool de passer pro ce jour-là. Je ne le savais pas encore, mais quelques jours plus tard, j'allais être en tête des cartes européennes et, au bout de la semaine, avoir ma carte sur le Tour. Cette décision a tout changé dans ma vie. J'ai toujours voulu faire, mais je ne me rendais pas compte des répercussions brusques d'avoir sa carte et, un mois et demi après, d'être sur le tee du 1 à Johannesburg à l'Alfred Dunhill, un peu comme un touriste.

Tout vient apparemment d'un article de Bernhard Langer que vous lisez quand vous avez 14 ans...

N. C. : C'est un secret pour personne, ou en tout cas pas pour les gens qui me connaissent ; l'école n'a jamais vraiment trop été mon fort. Ce n'était pas un endroit où j'aimais particulièrement passer l'entièreté de mes journées. Et j'étais tombé sur cet article où Bernhard Langer annonçait avoir arrêté l'école à 14 ans pour se consacrer au golf. Donc évidemment, j'ai montré ce papier à mes parents, qui ont trouvé ça un peu moins drôle que moi (rires). Je n'ai pas arrêté mes études tout de suite, mais j'ai suivi un cursus scolaire un peu spécial, qui aménageait mes horaires de voyage quand j'avais 15-16 ans. Mais oui, c'est parti comme ça. À l'époque, les informations sur le golf, on les trouvait dans les magazines.

Vous en avez parlé à Bernhard Langer ?

N. C. : Non, jamais. On s'est croisés quelques fois, mais il fait partie de ces gars qui appartiennent au panthéon non seulement du golf européen, mais du golf mondial. Langer a toujours eu des mots sympathiques à mon égard et, même si on a des personnalités un peu à l'opposé, c'est toujours sympa de partager avec des gens qui ont marqué l'histoire de ton sport.

« Plus c'est difficile, plus je suis inspiré. Plus je suis dans une situation compliquée et qu'il faut que je fasse un truc « spécial » ou hors normes, plus ça me parle »

Était-ce une chance d'avoir décroché votre carte tout de suite ?

N. C. : On peut le voir de deux façons : un, ça prouvait que j'avais le niveau et que j'étais capable d'avoir le niveau nécessaire pour jouer sur ce circuit. Il y a énormément de gars qui essayent cinq, 10, 15 fois, en vain. Mais à l'inverse, je n'y étais pas du tout préparé. On est quand même fin des années 1990 et, en Belgique, à l'époque, il n'y a pas de structure en place. J'ai toujours dû tout faire seul : moi, mon coach ou ma famille. D'un autre côté, ça m'a poussé à aller chercher les informations ailleurs et à me débrouiller. Quand j'avais 15, 16 ans, j'allais jouer les tournois amateurs en Angleterre avec l'argent de la Fédération. On dormait dans des hôtels ou des Bed and Breakfasts dégueulasses. C'était vraiment de l'artisanat. Mais ça m'a appris à me débrouiller tout seul et à devenir ce qu'on appelle "street smart", ou l'art de savoir se débrouiller.

Ce n'est plus comme ça maintenant ?

N. C. : Pas du tout. Désormais, les jeunes de 20 ans qui commencent ont déjà une équipe autour d'eux. Moi, j'ai tout fait tout seul et c'est, à mon avis, ce qui m'a permis de voyager à travers le monde juste avec ma valise, mon sac de golf, sans trop d'embûches.

Aurait-ce été plus facile de commencer maintenant ? Plus simple ?

N. C. : C'est plus facile aujourd'hui d'être mieux organisé, d'avoir accès aux bonnes informations et de comment être performant. Mais ce n'est pas juste une question d'époque. C'est surtout d'où je venais. En Belgique, avant moi, il y avait juste eu quelques joueurs sur le circuit, mais plutôt discrets, sans grande carrière. Aucun joueur ne m'a pris sous son aile. C'est d'ailleurs pour ça que je me suis rapproché du clan français très vite : Marc-Antoine Farry, Thomas Levet et toute cette ancienne génération de pros tricolores. Ils ont toujours été super sympas avec moi et m'ont considéré comme un des leurs. Mais donc venant de Belgique, j'ai dû me débrouiller seul et c'est sûrement la raison pour laquelle j'ai mis un petit peu de temps à comprendre des choses qui sont primordiales à la vie d'athlète de haut niveau.

Nicolas Colsaerts dans ses jeunes années. (Mark Newcombe/IMAGO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
Nicolas Colsaerts dans ses jeunes années. (Mark Newcombe/IMAGO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

C'est la raison pour laquelle vous avez pris d'autres athlètes belges sous votre aile à leurs débuts ? Comme Thomas Detry ou Thomas Pieters ?

N. C. : Un peu, oui. Grâce à mon expérience de 10-15 ans sur le circuit, je leur ai peut-être un petit peu facilité leur arrivée dans le monde professionnel. Mais à la base, c'est plus une question de fibre, de partage. Moi, j'ai toujours été branché sport d'équipe, faire les choses en groupe. C'était donc naturel de le faire. Côté français, ces quelques dernières années, des joueurs comme Martin Couvra ou Tom Vaillant sont venus me demander des conseils et je les épaule évidemment avec grand plaisir parce qu'en plus, ils sont cools.

Autre date clé dans votre carrière : le 14 septembre 2003. Qu'est-ce que ça vous évoque ?

N. C. :(Il réfléchit) 14 septembre 2003 ? Le Lancôme ? Septembre 2003, je suis en dernières parties, le samedi et le dimanche. Le Trophée Lancôme, à l'époque, c'était vraiment un tournoi avec une image et un statut différents des autres. Les organisateurs ont toujours fait venir beaucoup d'Américains. Ça avait un côté glamour incroyable. Je me souviens d'y avoir été la première fois en 2001. Le golf de Saint-Nom-la-Bretêche est un endroit particulier, qui ressemble beaucoup aux endroits belges. En 2003, j'ai une semaine de la mort pour la dernière édition du Lancôme. C'est moi qui ai tapé le dernier tee-shot au 18 de cette ère. Ma balle était tellement dans l'axe du drapeau que je ne l'ai pas vue tomber, je pensais que j'avais fait trou-en-un.

Encore un extrait du n° 16 de JDG : « Plus un coup est compliqué, plus je me casse la tête pour trouver un moyen. » Ça a toujours été vrai tout au long de votre carrière ?

N. C. : Plus c'est difficile, plus je suis inspiré. Plus je suis dans une situation compliquée et qu'il faut que je fasse un truc "spécial" ou hors normes, plus ça me parle. Ce qui est basique m'endort. J'ai toujours eu du mal à prendre une décision claire sur du basique. Quand c'est compliqué, quand on n'a pas le choix, il n'y a qu'une image qui se crée. À ce moment-là, pour moi, elle est plus facile à mettre en place.

« Je n'ai jamais été très « mainstream ». Je n'aurais pas supporté d'être le golfeur stéréotypé qui mange du muesli le matin »

Scottie Scheffler vous ennuie, du coup ?

N. C. : Non, parce que c'est ultra efficace. Chez ces grands joueurs capables de durer au plus haut niveau pendant des années, ce qui m'impressionne le plus, ce n'est pas tant leur qualité technique ou leur frappe de balle, mais leur régularité. Semaine après semaine, jour après jour, trou après trou, ils ne relâchent jamais l'effort. Je trouve cela tout simplement incroyable.

Question peut-être un peu compliquée : si vous deviez faire le top 5 de vos plus beaux coups en carrière, lesquels retiendriez-vous ?

N. C. : Certains sont complètement anodins. Je me souviens d'un coup de bois 3 au-dessus des arbres au Scandinavian Masters en 2005 ou 2006. J'étais en dernière partie avec Robert Karlsson. À 50 mètres de moi, des arbres super hauts, et j'étais sur une racine. J'ai tapé un coup de bois-3 par-dessus le machin. Je vais dire le départ du 18 à l'Open de France en 2019, l'année de ma victoire. C'est un des coups que je suis content de ne plus devoir revivre (rires). Et le putt du 17 à la Ryder Cup 2012 qui permet de rester 1 up et d'être sûr d'avoir un demi-point sans savoir que je vais prendre un point complet au 18. On est le vendredi après-midi, je joue en quatre balles avec Lee Westwood contre Woods et Stricker. Mais en fait, vous devriez plutôt poser cette question aux gars qui ont bossé pour moi : Chris Lilley, Brian Nilsson qui ont porté mon sac pendant quelques années pourraient avoir des flashs de deux-trois coups de génie.

Vous gardez davantage en mémoire des moments clés de tournois que de Ryder Cup...

N. C. : Oui, parce que ce n'est jamais seulement un coup. Il y a aussi la signification, le contexte, le moment, et surtout les sensations que tu ressens. Ce qui marque, c'est cette tension particulière, par exemple quand tu envoies un drive dans les cordes, notamment en Angleterre, entouré d'un public en forme de U, une centaine de personnes autour de toi, et que tu dois trouver une solution pour sortir des arbres. Je pense notamment à Wentworth, au 13. Je me suis souvent retrouvé à droite, dans les arbres près du burger van, avec l'obligation de jouer un coup bas, de gauche à droite, pour accrocher un bout de fairway avant le green. C'est un coup que j'ai dû jouer 20 ou 25 fois, mais il garde à chaque fois une saveur particulière, surtout quand tu tentes ce genre de trajectoire au milieu du public.

Nicolas Colsaerts lors de sa victoire à l'Open de France en 2019. (SEBASTIEN BOUE/Presse Sports)
Nicolas Colsaerts lors de sa victoire à l'Open de France en 2019. (SEBASTIEN BOUE/Presse Sports)

C'est le côté créatif qui s'exprime ?

N. C. : Oui, c'est à la fois excitant, attirant, et surtout très beau. Mais il y a aussi le regard d'un enfant de 8 ou 10 ans, qui découvre quelque chose qu'il n'a jamais vu. Ce sont ces moments-là qui font vibrer.

Voici une Une que vous partagez avec Grégory Bourdy. Le titre : « Le feu et la glace. »

N. C. :(Il regarde) J'ai les cheveux longs (sourire). Je traînais beaucoup à Paris à ce moment-là. Le feu, la glace, c'est vrai que ça ressemble un peu à ça. Greg était beaucoup plus posé, beaucoup plus organisé que moi. Il l'a toujours été. Moi, c'était un petit peu plus folklorique. C'est pour ça que j'ai eu des très hauts mais aussi des bas, tout simplement. Mais ça ressemble fort à ce que j'étais capable de faire pendant 25 ans.

Vous aviez déclaré : « Je suis maître de ce que je fais. » C'est un bon résumé de votre carrière ?

N. C. : À ce moment-là, en fait pas trop : j'allais vivre une période assez noire entre 2007 et 2009 où je n'ai plus eu de catégorie nulle part. Cela dit, j'ai toujours eu le sentiment profond que ça allait le faire, même si à ce moment-là, je n'étais encore qu'à 25-30 % de mon potentiel. Finalement, je n'avais encore vraiment rien fait. Oui, j'avais gardé ma carte. Mais je parcourais le monde avec ma valise et mon sac de golf en rigolant et en jouant des tournois à gauche et à droite. Je n'avais pas encore conscience de ce que je pouvais faire. J'étais encore un peu inconscient, même si j'avais la conviction d'être différent des autres, de pouvoir faire des trucs incroyables. J'étais encore un peu à feu et à sang. Comme un diamant brut.

En 2010, il y a un portrait de vous dans le n° spécial Open de France et cette phrase : « Une rumeur venue de France prétendait que j'avais acheté un bar à Ibiza et que je mixais là-bas. Je n'ai jamais nié cette passion. Aussi, peut-être que j'avais envie de donner une autre image que celle du golfeur ennuyeux qui ne pense qu'à ça. » Cette image de fêtard vous a longtemps collé à la peau ?

N. C. : Oui, cette image m'a collé à la peau, parce qu'elle faisait aussi partie de ma personnalité. C'est un univers qui m'a toujours attiré et qui m'a toujours accompagné. Je ne sais pas vraiment si cette rumeur venait de France, mais je l'avais entendue à l'époque : quelqu'un m'aurait aperçu dans un bar que j'étais censé avoir acheté à Ibiza... alors que je n'y ai mis les pieds pour la première fois qu'en 2018. Cela dit, je ne l'ai jamais mal vécu, au contraire, ça nous a plutôt fait rire. Aujourd'hui encore, je n'écoute quasiment que de la musique électronique, j'en suis vraiment passionné. Et de manière générale, je n'ai jamais été très "mainstream", que ce soit dans mes goûts musicaux, ma façon de m'habiller ou de penser. Je n'aurais pas supporté d'être le golfeur stéréotypé qui mange du muesli le matin. Ça m'a peut-être joué un peu des tours dans ces années 2000.

Parce que trop de grosses soirées, trop d'excès ?

N. C. : Non, parce qu'on n'a jamais fait les cons quand c'était dangereux de le faire, c'est important de le préciser. Oui, on a pris des timbales. Oui, on était les premiers à aller boire des verres le dimanche soir entre deux tournois. Ça faisait un peu partie du folklore de ces années 2000. Tu voyages le monde, tu as la vingtaine, tu croques la vie à pleines dents. On réussissait dans notre domaine, avec une certaine liberté et les moyens qui allaient avec. Dans ces conditions, c'est difficile de ne pas se laisser tenter et simplement savourer ces moments.

Quelle serait votre playlist de 3-4 chansons pour résumer votre carrière ?

N. C. : Je me souviens d'avoir découvert The Man with the Red Face de Laurent Garnier pendant les cartes en 2000. Je l'écoutais tous les jours. C'est un énorme classique. Je pourrais vous citer 50, 100, 150 morceaux que j'ai écoutés 5000 fois durant toute ma vie et toute ma carrière, encore maintenant. J'ai un truc particulier avec la musique parce que je réécoute mes premières années de musique électronique. Je me vois encore sortir dans des boîtes en province, en Belgique, quand j'avais 16-17 ans avec mes potes. C'est une époque complètement révolue que nos enfants ne connaîtront plus. Ces espèces d'énormes boîtes avec le skytracer visible à 5 kilomètres à la ronde, avec ces parkings en gravier où il y avait 1000 voitures, où il y avait l'envie d'aller dans un endroit complètement incroyable. Maintenant, malheureusement, le clubbing a un petit peu changé, même s'il reste des valeurs sûres, comme Ibiza. Nos enfants ne connaîtront malheureusement pas cette époque incroyable.

Nicolas Colsaerts et Grégory Havret pendant l'Open de France de 2024. (LAHALLE PIERRE/Presse Sports)
Nicolas Colsaerts et Grégory Havret pendant l'Open de France de 2024. (LAHALLE PIERRE/Presse Sports)

2010. Vous évoquez cet épisode australien entre 2008 et 2009. Je vous cite : « Perdu au milieu du bush à une demi-heure de Brisbane, ça a marqué la fin d'une période où je sortais comme un dingue. Et même si j'ai toujours su que cette période de faire le con était en moi, j'ai adoré me lever à 7 h du mat et aller chipper à la fraîche. »

N. C. : Tout vient en fait d'une rencontre avec le père de Romain Béchu, Daniel. J'étais tombé sur lui au Masters. À ce moment-là, je suis au fond du trou. Je dois demander des invitations à Jean-Charles Cambon pour jouer des tournois de l'Allianz Tour. Et le père de Romain me dit : "J'emmène des gamins en Australie dans une académie. À mon avis, ça pourrait te faire du bien." Ça a été le début de la renaissance. J'étais à Bruxelles, à jouer quelques tournois de temps en temps et à vivre une vie qui n'était pas la mienne. Ça a été le déclic. Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvé dans un groupe entouré de gars plus jeunes que moi, une dizaine de Français qui me regardaient avec de grands yeux alors que je n'avais rien fait. J'avais une simili-carrière de quelques années sur le Tour, mais c'est tout. Sans le coup de pouce du père de Romain, sans l'Australie ? d'ailleurs je suis marié à une Australienne ? je ne serais pas là où je suis arrivé. Ça a enclenché une dynamique qui m'a mené jusqu'ici et qui me permet aujourd'hui de regarder en arrière en me disant que, finalement, j'ai fait un parcours plus que correct.

Vous chippiez sur la plage ?

N. C. : Oui, on faisait des week-ends à Byron Bay. Il y avait Romain (Béchu), Rudy Thuillier, deux-trois Belges comme Germain Ruste. À marée basse, on avait 40 mètres de sable dur. (Il ferme les yeux) On était torse nu, en maillot, à taper des coups de wedge à 50, 60, parfois 80 mètres. C'était des week-ends incroyables. Je pense qu'on garde tous un souvenir génial de ces deux-trois hivers qu'on a passés là-bas. Je vois encore ces balles arriver vers moi qui spinnaient comme ça sur le sable.

Vous surfiez un peu aussi ?

N. C. : La Bèche (Romain Béchu) était très branché surf. Comme je nage comme une enclume, c'était pas trop mon truc. Mais ça faisait partie du délire. On allait nager dans les vagues, certaines de 1,50 m, 2 m de haut, qui tubaient un peu. On était au golf du lundi matin au vendredi après-midi et le week-end, on avait acheté un van pour vadrouiller. J'avais fait mettre une sono dedans. C'était vraiment la croisière s'amuse. Mais on faisait ça correctement. C'était vraiment cool.

Peu de temps après, vous vous imposez deux fois sur le Challenge Tour en 2009.

N. C. : En réalité, ça m'a remis dans une dynamique de travail et, surtout, ça m'a fait retomber amoureux du jeu ? pas forcément du métier, mais du jeu en lui-même. À la fin des années 2000, j'étais complètement usé : j'avais le sentiment de faire n'importe quoi sans trouver de solutions. Ce coup de pouce est arrivé au bon moment, presque comme une évidence. Sans lui, je ne serais clairement pas là où j'en suis aujourd'hui.

« N'importe quel pèlerin qui jouera le 16 de Kingsbarns verra mon nom et saura que j'ai mis un coup de fer-6 dans la boîte. Avoir laissé une telle empreinte sur ces parcours, c'est une chance incroyable »

Vous parliez également matériel dans ce numéro de Journal du Golf en déclarant : « Je joue à l'ancienne, je ne veux pas m'engager avec des sociétés qui ne reflètent pas qui je suis. Pourquoi j'irais vendre des lave-linge ? Je me sens super à l'aise, je n'ai aucun compte à rendre. Je fais mon sac comme je veux, je ne veux pas un contrat de 14 clubs, je n'ai pas envie d'être bloqué. Mais j'ai conscience que c'est clairement un défi à tenir dans le temps. » Ça a été difficile de garder cette ligne de conduite ?

N. C. : Oui, ça l'a été. Même si j'ai rejoint Callaway à partir de 2013, après la Ryder Cup, et que je jouais quasiment toute leur gamme, j'ai toujours eu du mal avec l'idée d'avoir un sac entièrement verrouillé à 14 clubs. Aujourd'hui, on le voit davantage : depuis cinq ou six ans, certains joueurs ont des sacs blancs, ils jouent ce qu'ils veulent. Et puis, quand tu joues bien, il est tout à fait possible de très bien gagner sa vie sans être lié à un équipementier sur l'ensemble du sac.

Vous-souvenez-vous des clubs mythiques que vous avez eus dans votre sac ?

N. C. : Tous. Toutes ces séries de fers Mizuno que j'ai jouées jusqu'à 2007. Le driver Titleist 975D avec lequel j'ai gagné ma carte. Mon driver RAZR Hawk avec mon shaft de 85 grammes avec lequel j'ai joué de 2010 à 2016. Un putter de chez Odyssey que j'ai utilisé au Trophée Lancôme en 2003. Et cet insert White Hot de chez Odyssey qui m'a suivi jusqu'à maintenant. J'en ai encore un dans le sac aujourd'hui.

En 2010, vous disiez avoir l'impression d'avoir vécu deux ou trois vies minimum. On est en 2026. À combien de vies êtes-vous ?

N. C. : Pas mal en fait. Mes années amateures, où tout se passe nickel. Puis la première année sur le circuit où je perds mon droit de jeu et je me demande si c'est vraiment ça que je veux faire. Ensuite 2003, je reviens, puis ma période sombre entre 2007 et 2008. 2010, le retour sur le Tour, la Ryder en 2012, le PGA Tour jusqu'en 2014 puis le retour en Europe un peu la queue entre les jambes. 2019 où je gagne l'Open de France. Ça a été un peu dans tous les sens. J'ai sans doute été un parcours un peu difficile à suivre, mais pour qui aime les trajectoires atypiques, il y avait probablement de quoi s'y attacher.

5 octobre 2025. Une date importante : 500e tournoi à St Andrews, et cette décision d'arrêter. Racontez-nous cette remontée du 18, ça devait être extrêmement fort. On se refait le film de sa carrière à ce moment-là ?

N. C. : Oui, mais c'est moins une succession de souvenirs précis que la sensation d'un voyage dans son ensemble. Les larmes qu'on voit à l'écran tiennent surtout au fait que je suis avec ma femme, avec mon fils, qui est mordu de golf, et que je partage ce moment avec eux, mais aussi avec les autres. J'en reviens toujours à ça : le partage. À cet instant, tu prends aussi la mesure de tous les messages que tu reçois. C'est la même émotion qui m'avait submergé à l'Open de France : tu réalises que tu as touché les gens, que tu as compté pour eux. Et ça, c'est d'une intensité rare, surtout avec une sensibilité comme la mienne.

C'est plus fort qu'une victoire, finalement, la trace que vous allez laisser dans l'histoire du golf ?

N. C. : L'histoire du golf, n'exagérons pas, mais le petit chapitre que j'ai écrit. Venant de Belgique, incontestablement, j'ai marqué l'histoire de mon sport, mais au niveau mondial, non. J'ai écrit une chouette ligne dans l'histoire de la Ryder Cup. Mais il ne faut pas s'emballer non plus. Alors oui, tu prends ça en pleine gueule, mais en même temps, la décision de raccrocher a été prise depuis un petit bout de temps, j'ai eu le temps de la digérer, j'ai eu le temps d'en profiter.

Robert McIntyre, Shane Lowry et Nicolas Colsaerts à la Ryder Cup 2023. (Kyle Terada/USA TODAY SPORTS/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
Robert McIntyre, Shane Lowry et Nicolas Colsaerts à la Ryder Cup 2023. (Kyle Terada/USA TODAY SPORTS/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

La décision d'arrêter a-t-elle été mûrement réfléchie ?

N. C. : Oui, ce n'est pas une décision que j'ai prise en 24 heures, genre : "OK, terminé, bonsoir, je me barre." Et puis, je vais continuer à faire partie du paysage, notamment avec les commentaires à la télé. Quand tu vis dans ce monde-là depuis 25 ans, ce n'est pas super sain de tout arrêter d'un coup _ sauf si tu as un vrai plan derrière. Moi, mon plan, ce n'est pas de tourner la page sur ce sport, parce que c'est ma passion, c'est ce qui m'anime, et il m'a offert une vie incroyable. Les commentaires, c'est ma manière à moi de rester dans le jeu, de transmettre un peu, de rendre au golf et à ceux qui le font vivre, peu importe d'où ils viennent. Je réalise que j'ai eu une chance énorme de vivre tout ça.

Joueur son 500e tournoi à St Andrews, c'était un hasard ?

N. C. : Tout était calculé ! (sourire). En fait, l'idée germe l'année d'avant, quand je finis deuxième à St Andrews. Je réalise que si je joue 26 ou 27 tournois la saison suivante, je peux atteindre la barre des 500 là-bas. Selon mes calculs, ça devait tomber soit à l'Open de France, soit au Dunhill. Manque de bol, je ne rentre pas à l'open d'Écosse ni à Wentworth pour des histoires de statut qui m'horripilent encore aujourd'hui. Résultat : c'était soit Paris, soit St Andrews. Pour moi, l'un ou l'autre, c'était parfait. Désolé pour vous, c'est tombé sur l'Écosse... mais quand je revois les images, honnêtement, difficile de rêver mieux.

Vous recevez une plaque en argent ; est-elle dans la salle des trophées ?

N. C. : Oui, elle est là mais, avec les deux ou trois soucis que j'ai eus avec le circuit européen ces quelques dernières années, ce plateau en argent ne symbolise pas grand-chose à mes yeux. Ce qui compte, ce sont les images. Cette semaine à St Andrews avec ma femme et mon fils, à marcher sur les fairways de Carnoustie ou de Kingsbarns... d'ailleurs, à Kingsbarns, j'ai une plaque au 16 pour mon albatros. Ce n'est pas la seule : j'en ai une autre au pays de Galles, au Celtic Manor, pour le drive le plus long de l'histoire du circuit. J'avais envoyé la balle à 447 yards (409 mètres) _ bon, vent dans le dos, fairway sec et en descente, certes ! Mais voilà, j'ai deux plaques sur deux fairways. N'importe quel pèlerin qui joue le 16 de Kingsbarns verra mon nom et saura que j'ai mis un coup de fer-6 dans la boîte. Avoir laissé une telle empreinte sur ces parcours, c'est une chance incroyable.

Avec le recul, que restera-t-il de votre carrière ?

N. C. : Le partage, le fait d'avoir touché les gens. On ne peut pas être insensible à ça. Je suis le premier conscient d'avoir déçu beaucoup de monde, en Belgique comme en France, mais qu'est-ce que j'ai pu animer leurs week-ends certaines semaines ! Dans la vie, on ne peut pas tout avoir. On ne fait pas ce métier pour la reconnaissance, mais on reste forcément sensible aux marques d'affection.

En 2010, à l'époque, Journal du Golf vous avait demandé quel titre vous donneriez au livre sur votre histoire. Vous aviez répondu : « Brillante décadence ou l'histoire entre deux extrêmes »...

N. C. :(Il coupe) Franchement, j'ai toujours été bon avec vous les gars (rires).

Quel serait-il aujourd'hui ?

N. C. : Je trouve que ça colle encore. Décadence, c'est peut-être un petit peu fort, mais c'est vrai qu'il y a eu une période très rock'n'roll Malgré tout, même si j'aurais pu gagner cent fois plus ou faire une plus grande carrière, j'ai accompli quelque chose que le commun des mortels ne fera jamais, et ne comprendra jamais. J'ai vécu des émotions incroyables. C'est ça, le voyage. »