(MARTIN ALEX/Presse Sports)
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Nelly Korda, divine sans jouer la diva

Sur sa lancée, après un début de saison extraordinaire, la n° 1 mondiale rêve de décrocher enfin The Amundi Evian Championship. Ambassadrice de son sport, souvent malgré elle, elle a grandi dans une famille de talents tout en préférant la discrétion à la lumière.

À l'heure où vous lirez ces lignes, Nelly Korda viendra peut-être de gagner un troisième Majeur d'affilée lors du KPMG, de soulever son cinquième trophée en Grand Chelem depuis le début de sa carrière, le 20e sur le circuit LPGA. Peut-être pas. Quelque part, cela ne changera pas grand-chose. The Amundi Evian Championship s'apprête à accueillir de nouveau une immense star, qui porte et incarne son art, avec une gloutonnerie digne des plus belles parenthèses enchantées de Scottie Scheffler, celle de 2024 par exemple, et une aura qui en fait surtout une sorte de Tiger Woods ou de Rory McIlroy au féminin.

Telle est Nelly Korda, reine du moment, très attendue par Amélie Bourdin, la directrice du Majeur français : « Nelly est une championne charismatique qui marque l'histoire de son sport. C'est fondamental pour nous de l'avoir à Evian, comme il est tout aussi fondamental d'avoir toutes les meilleures joueuses de la planète. Nelly adore venir en Europe, notamment à Evian. Elle a toujours tenu des propos flatteurs et élogieux sur notre tournoi, elle est toujours très agréable, ravie de jouer le pro-am la veille de la compétition, avec le sourire, avec ses proches autour d'elle. C'est un plaisir de la voir célébrer sa 10e participation. »

« Nelly est une championne charismatique qui marque l'histoire de son sport. C'est fondamental pour nous de l'avoir à Evian »

Amélie Bourdin, directrice de l'Amundi Evian Championship

En élargissant le prisme de lecture au-delà du golf, on pourrait même pousser les comparaisons jusqu'à Maria Sharapova, autre icône venue de l'Est, cinq Majeurs au compteur, ancienne n° 1 mondiale et qui a amené le tennis dans une autre dimension, à la seule différence près - mais de taille - que Nelly Korda est une ambassadrice de son sport sans en avoir le moindre stéréotype. Elle a passé plus de 100 semaines en tête de la hiérarchie mondiale mais fuit les réseaux sociaux, la surexposition et, de surcroît, les photos glamour sur papier glacé qu'on lui a inévitablement proposées.

Timide, discrète, décrite même parfois comme introvertie, l'Américaine réduit souvent ses obligations médiatiques à leur plus simple expression. Elle estime que le jeu est son unique support publicitaire. « Je fais simplement ce que j'aime et j'espère que c'est ce qui contribuera naturellement à l'essor de mon sport », a-t-elle d'ailleurs déclaré le mois dernier. Une Sharapova sans les paillettes, en somme.

Entre tennis et golf, une naissance avec une balle dans le berceau

À part ce rapport très différencié à la starisation, comment ne pas céder à cette tentation de rapprochement avec la Russe alors que Petr Korda, le père de Nelly, a gagné l'open d'Australie 1998 et fut n° 2 mondial à l'ATP ? Comment ne pas faire le lien évident alors que Regina Rajchrtova, la maman, fut 26e mondiale à la WTA en 1991 ?

Des parents tchécoslovaques, qui ont migré vers les États-Unis, où Nelly est née (Bradenton, en juillet 1998) cinq ans après Jessica, et qui sont aussi ceux de Sebastian, le dernier des Korda (25 ans), qui ferait peut-être partie des rivaux directs de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner si des blessures à répétition n'avaient pas freiné sa progression (15e en 2024). Plus qu'une famille, un clan, élevé dans le culte de la performance mais sans arrogance. Une fierté pour Nelly Korda, comme elle l'avait rappelé en début d'année : « Mon père gère encore mon emploi du temps aujourd'hui. Il est très impliqué dans l'organisation de mon année, notamment en ce qui concerne mes congés et mes activités en dehors du golf. »

(SALTER JEFFERY/Presse Sports)
(SALTER JEFFERY/Presse Sports)

Nelly Korda est donc née avec une balle dans le berceau et elle a très vite su quoi en faire, touchant son premier club à 6 ans. Si Jessica lui a ouvert la voie des fairways, elle est surtout son modèle absolu et pas seulement parce qu'elle a glané six titres sur le circuit LPGA avant de prendre un congé maternité en 2024. Ensemble, les soeurs ont d'ailleurs disputé les Solheim Cup 2019 et 2021 et les JO de Tokyo, Nelly s'adjugeant à cette occasion l'or olympique.

Jessica a toujours cru en sa soeur, comme elle l'avait reconnu lors du Hilton Grand Vacations en 2021 : « Je savais que si Nelly restait concentrée et travaillait dur, elle réussirait. À force de côtoyer des athlètes toute notre vie, à savoir nos parents, c'est le genre de choses qu'on finit par sentir. »

Déjà deux top 10 à Evian, où la patience est son alliée...

De la complicité les unit mais pas que. Sur le parcours, Nelly ne fait pas de cadeau. À personne. Sa détermination est sans faille, sa quête de l'excellence permanente. Elle vit golf, respire golf. Jessica avait raconté plusieurs anecdotes sur sa soeur, fin 2024, dans un podcast animé par Smylie Kaufman (une victoire sur le PGA Tour en 2015). La plus savoureuse est sans doute celle-ci : « Nelly, sur le parcours, elle est impitoyable. Un jour, sur un LPGA, elle avait un putt pour me sortir du top 10. Elle le savait et elle l'a mis. Je me suis vengée : elle a payé la chambre d'hôtel pour la semaine ! »

L'an dernier, sur The Amundi Evian Championship, Jessica travaillait pour Golf Channel, commentant souvent depuis l'intérieur des cordes. Plusieurs fois, elle a failli se prendre les balles de Nelly, ce qui avait accouché d'échanges familiaux savoureux. Jessica : « Est-ce cela t'a gênée que je te suive sur le parcours, tu as failli me toucher plusieurs fois ? » Nelly : « La prochaine fois, mets-toi vraiment sur le fairway, j'aurai encore plus de chances de te toucher (rires) ! »

« Nelly, sur le parcours, elle est impitoyable. »

Jessica Korda, soeur aînée de Nelly.

Evian reste une terre de conquête pour Nelly Korda, passée pro en 2016 après s'être qualifiée pour l'US Open en ayant tout juste 14 printemps. Le parcours vallonné lui fait encore quelques misères même si elle a déjà décroché deux top 10 sur le tournoi (9e en 2023, 8e en 2022). L'an dernier, elle l'avait bouclé en 43e position (-1), un 75 le samedi ayant ruiné ses chances de succès après un 67 inaugural qui l'avait parfaitement lancée.

Le trophée lui résiste et ça la motive : « Les paysages sont probablement les plus beaux du circuit. Le lac Léman, la ville, Évian en général, tout est si joli et charmant. L'expérience globale rend Évian unique. Après, oui, c'est vrai, il faut un peu de temps pour s'habituer au parcours. Plus on le joue, mieux on le connaît. Les greens sont très techniques, le parcours est étroit, les roughs très denses. En Grand Chelem, on ne peut jamais se relâcher. On vit dans une sorte d'état d'inconfort permanent parce qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Surtout à Evian. Il peut y avoir des rebonds bizarres même après un bon coup. »

(Kiyoshi Mio/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Kiyoshi Mio/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Le challenge est de taille mais Amélie Bourdin croit Nelly Korda capable de le relever, peut-être même dès cette année : « Comme le dit Nelly, le parcours est très exigeant, avec des pentes, des greens complexes, du dénivelé sans arrêt. Un coup raté et cela peut vite devenir un enchaînement infernal. C'est un parcours qui demande beaucoup de patience. Je suis convaincue qu'elle va arriver avec son âme de championne et de compétitrice pour se dire que cette année, elle va rajouter ce trophée à son palmarès sur la lancée de son début de saison complètement hallucinant. »

Ses six premiers mois de l'année, après une saison 2025 blanche, sont en effet dignes des plus belles heures d'Annika Sörenstam ou de Lorena Ochoa. Quatre victoires, trois deuxièmes places en étant à chaque fois en dernière partie le dimanche, un top 10 au Kroger Queen City, une razzia. Nelly Korda a résisté à tout, y compris au froid polaire qui a contraint les organisateurs à annuler le dernier tour du Hilton Grand Vacations, lors de son premier succès de 2026.

« Je savais que si Nelly restait concentrée et travaillait dur, elle réussirait. »

Jessica Korda, soeur aînée de Nelly.

Elle a aussi ébloui son monde lors du Chevron Championship, signant deux 65 d'entrée pour mettre déjà une main sur le trophée. Personne n'avait scoré si bas en 36 trous dans un Majeur : « J'avais l'impression que tout s'enchaînait parfaitement. Je ne forçais rien. Je laissais simplement mon jeu se dérouler naturellement. »

Dans la foulée, au Mexique, sur l'Open de Riviera Maya, elle n'a concédé que deux bogeys en quatre jours pour quatre cartes sous les 70. Une machine, en gros progrès sur les greens, alors qu'elle est revenue à un putter à lame (SC Tour Prototype), celui de ses grandes heures de 2024. L'effet domino a été tel que Nelly Korda a enfin pu accomplir son rêve de gamine en s'octroyant l'US Open, sur le Riviera Country Club de Pacific Palisades (Californie), où se dérouleront les prochains jeux Olympiques.

(Aaron Doster/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Aaron Doster/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Une victoire en étant revenue de nulle part (56e à +2 après le premier tour, sept coups de retard sur Jennifer Kupcho). Une force de caractère immense, une libération intense : « J'ai eu des doutes, même en plein milieu du tournoi. Je me demandais : "Vais-je le gagner un jour ?" On a toujours des doutes. C'est humain d'en avoir. Tout le monde en a à un moment ou un autre de sa carrière. Je ne sais pas si un poids m'a été enlevé des épaules, mais je suis tout simplement extrêmement fière du combat que j'ai mené pour soulever le trophée. »

Personne n'avait remporté les deux premiers Majeurs de la saison depuis la Sud-Coréenne Inbee Park en 2013. Aucune Américaine n'avait réussi cet exploit depuis Pat Bradley, la tante de Keegan, en 1986. La confiance est telle, le niveau de jeu est si haut que Nelly Korda s'avance évidemment en favorite à Evian. Amelie Bourdin le sait : « Comme Majeurs, il ne lui manque qu'Evian et l'AIG Women's Open. Pour moi, elle va arriver dans des conditions encore meilleures qu'en 2024, où elle avait raté trois cuts après un autre début de saison déjà formidable. » De la confiance, des certitudes mais jamais de marge, c'est le golf...

En 2024, de l'état de grâce à l'état de disgrâce...

Nelly Korda a en effet déjà connu cet état de grâce lors d'un début de saison 2024 qui ressemble étrangement à celui-ci. Elle avait joué aux fléchettes pendant des mois, se tirant la bourre à distance avec Scottie Scheffler, alors également dans une période faste. L'Américaine avait gagné six des sept premiers tournois qu'elle avait disputés, marchant sur les traces de Lorena Ochoa (huit sacres sur la saison 2007).

« Je fais simplement ce que j'aime et j'espère que c'est ce qui contribuera naturellement à l'essor de mon sport »

Nelly Korda

Et puis, la dynamique s'était brisée net lors de l'US Open, le premier jour, sur un trou, un seul, un par-3 sournois (au 12) avec un green très pentu bordé d'une pièce d'eau. Un chip qui fait plouf, puis deux détours dans la flotte, puis trois et un 10 qui claque comme une porte sur les doigts. Prise dans la machine à laver des émotions incontrôlables, dans ce cynique grand huit la baladant en un éclair de l'extase au ridicule, Nelly Korda avait fini par craquer en remontant un fairway du KPMG Championship, les larmes ayant coulé juste avant d'arriver à Evian : « Je n'ai pas de mots pour décrire la façon dont je joue depuis trois tournois. Je vais essayer de tout réinitialiser. » Derrière, elle n'avait pris que la 26e place à Evian et avait mis quatre mois à regagner...

Serait-elle aujourd'hui en capacité d'amortir la déflagration d'un couac similaire ? Sans doute. Personne ne lui souhaite de passer par ce test ultime. L'ancienne lauréate du Ladies Open de France, en septembre 2019 devant une certaine Céline Boutier, n'a plus rien à prouver en matière de résilience. Elle a juste à jouer et régaler. Le public de The Amundi Evian Championship en salive déjà.