La Solheim Cup n'a pas le même impact médiatique que la Ryder Cup. Mais cette année, les fans français de golf se sont peut-être plus volontiers posés dans leur canapé pour regarder sur leur écran cette confrontation entre les joueuses européennes et américaines... Pourquoi ? Parce que deux Françaises ont été sélectionnées par Anna Nordqvist, la capitaine suédoise, joueuse de très haut niveau qui a remporté trois Majeurs durant sa carrière et qui a d'ailleurs décidé d'y mettre un terme. Il y aura évidemment Céline Boutier, un pilier de cette formation, une joueuse d'expérience qui se démarque par sa constance. Ce sera sa cinquième Solheim... Ce n'est pas rien.
L'autre Bleue est beaucoup plus jeune, et c'est une véritable sensation même si au regard de ses 12 derniers mois, Nastasia Nadaud avait le profil pour être l'un des choix du capitaine. Et c'est ce qui s'est passé, le dimanche 2 août dernier, lorsque la jeune joueuse d'Aix-les-Bains a appris la nouvelle. Elle venait de terminer son quatrième tour de l'AIG Women's Open, le cinquième tournoi majeur de la saison qu'elle a terminé à la 44e place, avec un score de + 7, alors que pour rappel, Céline Boutier a échoué aux portes du Top 10 avec une très encourageante 12e place.
Dans l'histoire de la Solheim Cup, c'est la troisième fois que deux Tricolores garniront les rangs de la team européenne. En 2005, Gwladys Nocera avait été accompagnée de Ludivine Kreuz. Et en 2015, c'est Karine Icher qui avait accompagné Nocera.
« On aime ta personnalité, on aime ton jeu »
C'est évidemment la capitaine qui lui annoncé personnellement sa sélection. La scène a été filmée, et postée sur le compte Instagram de Nastasia Nadaud. On y voit Anna Nordqvist, à la sortie du recording, attendre la jeune Française et lui lâcher cette phrase : «On aime ta personnalité, on aime ton jeu, et on aimerait t'inviter à rejoindre l'équipe européenne pour la Solheim Cup...»
Nastasia Nadaud, la benjamine de la formation européenne, sourit, l'enlace, la remercie avant de tomber quelques instants plus tard dans les bras de Michele Thomson, sa caddie écossaise depuis un peu plus d'un an, mais aussi sa confidente, celle qui était là, sur le sac, lors de la première victoire de Nadaud, sur le circuit européen, l'Andalucia Costa del Sol Open de España, en novembre dernier ; celle qui était là, aux USA, en décembre dernier, pour l'impossible et infernale épreuve des cartes américaines, passée avec réussite par l'élève de Renaud Gris qui s'est donc offert le droit de concourir sur le meilleur circuit du monde, le LPGA Tour.
Tout va donc très vite pour la native de Chambéry. C'est d'ailleurs ce qu'elle a écrit sur ses réseaux après avoir appris qu'elle défierait les Américaines, du 11 au 13 septembre, aux Pays-Bas, sur le parcours du Bernardus Golf, situé à Cromvoirt. « C'est incroyable. Si vous m'aviez dit, il y a six mois, que je ferais partie de l'équipe européenne, je ne vous aurais pas cru. C'est un rêve qui devient réalité.» Sur ce parcours qu'elle ne connaît absolument pas, elle a tenté, avec ses partenaires de récupérer un trophée glané par les Américaines il y a deux ans, en Virginie, sur le score de 15,5 à 12,5 (Journal du Golf est imprimé durant cette édition de la Solheim Cup).
Agressive, puissante, birdie machine
Cela faisait plusieurs mois que Nastasia Nadaud savait qu'elle était dans les petits papiers de la capitaine suédois. Les deux femmes avaient multiplié les échanges. 75e de la Race avec la volonté d'aller encore plus haut d'ici la fin de la saison pour terminer dans le top 60 et s'offrir la possibilité de disputer tous les tournois majeurs la saison prochaine, Nastasia Nadaud a semble-t-il convaincu grâce à son jeu, agressif, sa propension à réussir beaucoup de birdies sur 18 trous. A Evian, cette année, elle en a fait tomber 22. Seule Aki Iwai a fait mieux (26). Sur le LPGA, elle occupe la 19e place au nombre de birdies réalisés, avec un total de 216. Lors de ce genre d'épreuves, il faut savoir attaquer, il faut aimer prendre des risques. La jeune Française le sait, et le fait bien, avec aussi, et ce n'est pas négligeable sur ce genre de parcours, assez roulant, de frapper fort, et droit. Au driving, elle déménage avec une distance de moyenne de 276 yards (253 mètres), ce qui la place en 14e position.
Le grand jeu est en place, et aussi le mental, capable de supporter la pression de grands rendez-vous. Comme à Evian, il y a un an, pour son premier Majeur, devant les siens, avec cette possible peur de mal faire, de passer à côté, de ne pas être à la hauteur des attentes et de l'invitation. Elle avait su gérer, comme elle avait su gérer ce moving day de folie, cette partie incroyable partagée avec Nelle Korda, la numéro 1 mondiale, la queen de la discipline, et Minjee Lee, l'Australienne, autre grande joueuse du circuit. Nadaud n'avait pas tremblé, et était parvenue à battre les deux joueuses.
Avoir un grand jeu solide, c'est bien, avoir un mental à toute épreuve, c'est aussi très bien, mais ce n'est évidemment pas et malheureusement suffisant pour passer de l'autre côté, dans la catégorie des toutes meilleures joueuses de la planète, celles qui luttent chaque semaine pour la victoire. Elle est jeune, a le temps de progresser, mais va devoir vraiment passer un cap pour gommer les scories qui viennent parfois gâcher ses belles journées. C'est ce que nous avait dit Robin Gris, son coach, à Evian : «Elle est capable de faire beaucoup de birdies, mais il faut qu'elle arrive à gommer ces quelques erreurs.» C'est surtout autour des greens qu'elle est perfectible, dans les bunkers aussi, où son toucher de balle manque parfois de délicatesse, et de précision. Elle le sait et travaille beaucoup ce secteur de jeu, notamment avec Jose Parada, un technicien espagnol qui vit aux USA, et qui s'est aussi longtemps occupé d'Anna Nordqvist.
La semaine dernière, alors qu'elle se reposait auprès des siens, en France, elle a aussi travaillé avec Renaud Gris, son coach, et Cédric Coquet qui intervient également sur ce qu'elle commet sur les greens. «Comme elle prend beaucoup de greens en régulation, elle peut avoir tendance à se mettre un peu de pression sur les greens avec la volonté de tout rentrer. Si elle a été choisie, c'est parce qu'elle est capable de réaliser beaucoup de birdies, et qu'elle est agressive, c'est ce que nous a dit la capitaine avec laquelle on a pas mal d'échanges. Elle nous a dit en gros : ''maintenant à vous de vous démerder pour qu'elle fasse moins de double et de triple...'' »