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Mike Whan aura été le chairman du LPGA Tour pendant 11 années. (SCOTT HALLERAN/DR/LPGA)
Mike Whan aura été le chairman du LPGA Tour pendant 11 années. (SCOTT HALLERAN/DR/LPGA)

Mike Whan, l'homme qui a métamorphosé le LPGA

Mike Whan est l'emblématique chairman du LPGA Tour depuis plus de 10 ans. Mais contre toute attente, l'Américain a annoncé son désir de passer à autre chose en 2021. Nous l'avions rencontré à Evian pour en savoir plus sur cet artisan du renouveau du golf féminin aux USA.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser au golf ?

Mike Whan : « J'ai plongé dans ce sport en tant que caddie quand j'avais 10 ans. C'était un job d'été, je faisais ça le samedi et le dimanche. Je devais gagner une trentaine de dollars par jour, ce qui représentait beaucoup d'argent pour moi. Mais je détestais ça... Je détestais regarder les gens jouer au golf.

Vous n'aimiez pas simplement jouer au golf ?

M. W. : Oh si, bien sûr, même si je n'ai jamais fait trop de compétitions. Je jouais au foot américain et la saison de golf était pile en même temps ; j'avais fait mon choix. Mais j'ai commencé à jouer avec mon père quand j'avais 7 ou 8 ans. Et l'été, comme je démarrais à 5 h 30 du matin en faisant partie de l'équipe de terrain, j'avais fini ma journée à 14 h 30. J'avais donc tout mon temps pour aller arpenter le parcours ensuite. Je me faisais bien moins d'argent que tous mes copains qui bossaient dans la restauration. Mais je jouais largement plus au golf qu'eux !

« C'est amusant, parce que la plupart des familles ont les traditionnels déjeuners du dimanche ou les dîners de Noël pour se retrouver et engager des discussions sérieuses. Dans ma famille, on parlait de choses très importantes uniquement sur le parcours »

Mike Whan

Le golf était donc une activité familiale pour vous ?

M. W. : Oh oui. C'est d'ailleurs amusant, parce que la plupart des familles ont les traditionnels déjeuners du dimanche ou les dîners de Noël pour se retrouver, passer du temps ensemble et engager des discussions sérieuses. Dans ma famille, on parlait de choses très importantes uniquement sur le parcours. Je ne sais pas pourquoi... Mais on ne parlait pas à l'église ni pendant les dîners, nous, c'était au golf. Mon père m'a dit qu'il prenait sa retraite au golf, j'ai découvert que ma soeur était malade au golf, j'ai dit à mon père que j'allais me marier au golf... On échangeait sur tout un tas de sujets avec mes parents qu'au golf. Et c'est toujours le cas aujourd'hui sans que je sache trop pourquoi. Je crois qu'un parcours de golf a toujours été pour moi un endroit où je me sentais en sécurité.

Rapidement vous avez bifurqué vers l'industrie du golf. Ce n'était pas vraiment un hasard, n'est-ce pas ?

M. W. : Disons que c'était un hasard bienheureux. Parce que de Procter & Gamble, je suis passé chez Wilson Golf puis très rapidement chez TaylorMade. J'étais même dans l'entreprise lorsqu'elle s'est fait racheter par Adidas.

À quel moment vous êtes-vous intéressé au golf féminin ?

M. W. : Je travaillais déjà un peu sur le sujet quand j'étais chez TaylorMade. Mais pour être très franc, ce n'est qu'au moment où j'ai été nommé à mon poste de directeur de la LPGA que je m'y suis totalement plongé. C'est marrant d'ailleurs parce que j'ai trois enfants, tous des garçons. J'aurais aussi adoré avoir une fille. Ma femme me dit souvent qu'une intervention divine m'a offert ce job à la place. Et c'est vrai que dix ans plus tard, j'ai quand même pas mal de filles (rires) ! Je me sens très responsable de toutes ces joueuses, même si je n'avais jamais imaginé obtenir une telle position un jour dans ma carrière. Je n'étais pas un expert du jeu féminin, j'en apprends encore beaucoup chaque jour. Mais je crois que tout ça est arrivé au bon moment dans ma vie.

Dans quel état avez-vous trouvé le LPGA en 2010 lorsque vous avez pris vos fonctions ?

M. W. : Le Tour était mal en point, on était plutôt dans le creux d'un vague à ce moment. L'économie américaine était en forte récession. Et la première chose que les entreprises cherchent à économiser dans ces périodes délicates, ce sont les hospitalités, sur lesquelles l'économie du Tour reposait beaucoup. On est alors passé de 36 à 22 épreuves. Et franchement, l'ambiance n'était pas à la sérénité. D'autant que le LPGA commençait tout juste à devenir plus global. Son look était différent, son langage aussi, tout était différent. Ça faisait peur à pas mal de monde. Moi je voyais cette conjoncture comme une opportunité géniale. De toute façon, j'ai toujours adoré réparer les choses cassées. J'ai toujours été bon dans la restructuration des choses. Et plus on me disait que les choses étaient bizarres, plus ça me plaisait.

« Je crois que le succès du LPGA réside dans cette attention constante à l'égard de nos sponsors. À partir du moment où ils sont nos plus grands fans, le reste suit naturellement »

Mike Whan

Aujourd'hui le visage du LPGA n'est plus vraiment le même...

M. W. : Notre modèle économique est très différent, oui. Bien sûr il y a encore des tas de choses à faire pour rendre le LPGA plus efficace. Mais quand j'ai démarré à ce poste, le Tour n'avait jamais eu plus de 32 tournois dans une année. Nous en affichons 34 en 2019. Nous cumulions une centaine d'heures de retransmission télé, aujourd'hui on dépasse les cinq cents heures. Une dizaine de pays diffusaient le LPGA à travers le monde, ils sont 172. Comme pas mal de marques, nous sommes devenus "globaux". Et c'est un peu comme un tunnel. Au début, c'est très sombre et on ne souhaite que faire demi-tour pour retrouver la lumière. Mais il faut se rassurer en se disant que de l'autre côté du tunnel, c'est encore mieux. Je crois qu'on a fini la traversée à présent.

À quoi attribuez-vous le regain d'intérêt pour le golf féminin ces derniers temps ?

M. W. : À regarder un practice du LPGA, on se rend compte que près de 140 femmes venant de pays très différents, de tous âges, de toutes tailles, ont en main leur propre business. Elles ne signent pas de CDI avec des parachutes dorés en cas de sortie. Elles gèrent leur propre petite entreprise : elles engagent leurs caddys, leurs physios, elles font leurs propres choix. Ce sont donc les businesswomen ultimes à mes yeux. D'autant qu'elles doivent trouver leur propre recette pour réussir, créer leur propre chemin vers le succès. Or, c'est la première fois depuis mes dix ans à la tête du LPGA que j'entends quasiment toutes les grandes firmes parler de diversité, d'émancipation, de bien-être social des femmes, de prise de pouvoir féminin aux plus hauts niveaux. Nous sommes par conséquent un exemple pour toutes ces entreprises qui cherchent à véhiculer ces valeurs d'émancipation des femmes. Il y a cinq ans, nous n'organisions aucune conférence autour de ces sujets. Aujourd'hui nous en avons 19 autour de nos 34 épreuves du calendrier. Donc sur plus de la moitié de nos tournois, quelque chose de plus grand que le golf se joue. Et cela se passe à travers le globe, bien sûr à des degrés divers, mais le mouvement est bien en marche.

Estimez-vous que le golf féminin est l'avenir du golf au sens large ?

M. W. : Je dirais que le golf féminin est sur la brèche de ce qui commence à être important dans le monde de l'entreprise. Ce n'était pas le cas il y a encore cinq ans. Et ce n'est pas une simple tendance, c'est une réalité durable. La période est très excitante parce que concrètement, des entreprises qui ne voulaient plus prendre d'hospitalité sur le LPGA il y a dix ans nous reparlent et ne nous voient plus du tout de la même manière. Les sponsors ne nous perçoivent plus de la même façon aujourd'hui.

« Je veux susciter davantage de vocations à travers une exposition médiatique sur les chaînes nationales gratuites »

Mike Whan

Quelle est votre position sur la parité femmes-hommes en termes de prize-money sur les tournois ?

M. W. : Pour moi, la notion de parité peut se voir à deux niveaux. Le premier est bien sûr le volet économique. Le LPGA génère un quart des recettes du PGA Tour. Donc de fait, la différence est très importante et le combat est presque perdu d'avance. Mais, et c'est là le deuxième volet de cette notion, je crois que parfois les choses n'évoluent pas uniquement pour une raison économique, mais juste parce que c'est la bonne chose à faire. Par exemple aux USA, une directive appelée "Title IX" a été instaurée dans les années 70 pour garantir une égalité parfaite entre les sommes allouées aux équipes universitaires filles et garçons. Cette directive ne suivait aucune logique économique, c'était juste la bonne chose à faire. Et depuis plus rien n'est pareil pour les jeunes athlètes américaines. Je reste convaincu qu'un jour, quelqu'un suivra le même raisonnement dans le golf féminin. Je ne sais pas qui, ni quand, mais ça arrivera.

Comment imaginez-vous le futur du LPGA et même du golf féminin au sens large dans les vingt-cinq années qui arrivent ?

M. W. : Le mouvement de globalisation du Tour va s'accroître, c'est une certitude. Tous les ans, on voit de plus en plus de nationalités différentes apparaître aux Q-School, dont certaines qu'on ignorait même capable de produire des joueuses de haut niveau. C'est un peu comme la Thaïlande il y a douze ans : très peu de femmes y jouaient. Aujourd'hui elles sont 15 à en être issues et des centaines de milliers de Thaïlandais regardent les tournois du LPGA sur petit écran. C'est cool de voir ça. Je crois d'ailleurs que la prochaine haie à franchir est celle de l'exposition télé, et plus particulièrement, la diffusion sur les chaînes nationales gratuites. Le problème, c'est que la plupart des gens qui regardent du golf féminin à la TV aujourd'hui le font à travers des chaînes thématiques dédiées au golf. Ce sont déjà des golfeurs passionnés. Je veux susciter davantage de vocations à travers cette exposition. »