(Bill Streicher/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
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McIlroy, champion exceptionnel et ambassadeur de rêve

C'est en embrassant son rôle de tenant du titre comme personne que Rory McIlroy, omniprésent à Augusta les trois semaines précédant le tournoi, a pu enfiler le 12 avril dernier une deuxième veste de « member » qui l'installe un peu plus parmi les légendes du jeu.

Ne comptez pas sur Rory McIlroy pour tuer le suspense, ralentir les rythmes cardiaques et plomber les audiences télé, bien avant le dernier putt du dimanche. Quand ce type-là gagne le Masters, il en donne pour leur argent aux diffuseurs comme aux 40 000 pèlerins de l'Augusta National. Généreux et sensible, il distribue les sensations extrêmes à ses millions de fans dans le monde, scotchés devant leur petit écran, mâchoires serrées, ongles rognés et palpitant au bord des lèvres.

Comme l'an dernier, l'enfant chéri de Holywood, ce patelin niché au nord de Belfast qui l'a vu grandir, a enfilé une veste verte taillée sur mesure. Mais pour rejoindre le trio de géants qui ont accompli le back-to-back d'avril, de Jack Nicklaus (1965-66) à Tiger Woods (2001-02) en passant par Nick Faldo (1989-90), « Rors » a embarqué suiveurs et admirateurs, qui bien souvent se confondent, soyons honnêtes, dans un rollercoaster (montagnes russes) comme disent les Anglo-Saxons, dont lui seul possède les manivelles.

(Grace Smith/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Grace Smith/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Il y a un an, c'est un play-off irrespirable face à son pote Justin Rose qui avait fini par libérer une des plus belles émotions de sport. Cette fois, pas de barrage, mais un corps à corps irrespirable aux allures de match-play avec Cameron Young, revenu à hauteur du Nord-Irlandais à la faveur d'un samedi façon chamboule-tout. Combiné au samedi noir de McIlroy (73), lequel avait dilapidé son avance de six points ? un record après 36 trous, depuis la création du tournoi en 1934 ?, le 65 de Young avait rebattu les cartes. Ramené les deux hommes à égalité (en -11). Et installé une dernière partie de gala, suivie par une marée humaine, bravant une chaleur sèche (30 °C) à peine adoucie par un léger vent d'est.

Au milieu de cette foule qui avait pris fait et cause pour le tenant du titre, dès sa sortie du club-house, en dépit de la nationalité américaine de son rival, on croisait sur le trou n° 1 un Rafael Nadal incognito, le sourcil en accent circonflexe, debout sur la pointe des pieds pour ne pas manquer une miette du show, tel un spectateur lambda puisqu'il n'y a ici aucun passe-droit, même pour les proches du n° 2 mondial dont le Majorquin fait partie.

Et le public en extase prit feu...

Dès le trou n° 6, le boss de Roland-Garros avait du souci à se faire pour son pote. Complètement à côté de son putting, il était déjà distancé de deux coups par le récent vainqueur du Players Championship. Mais le New-Yorkais loupa une balle de 3-0 sur ce green à multiples plateaux (bogey chacun) avant qu'une crème renversée au 7 (birdie Rory, bogey Cameron) ne remette les compteurs à zéro. Déjà bien grillé par le soleil, le rough jauni que piétinait un public en extase derrière les cordes prenait feu.

Depuis son canapé, un des grands absents du tournoi, Phil Mickelson, trois green jackets dans le dressing, se régalait : « Le Masters nous offre un week-end de golf passionnant, tweetait-il. Même si ça me manque d'être sur place, c'est tout aussi agréable de suivre le tournoi à la télé. » La suite allait faire durer son plaisir. Car deux parties plus loin, Justin Rose semblait décidé à arracher enfin l'étiquette de loser aux trois deuxièmes places à Augusta (2015, 2017 et 2025) qui lui collent au polo. À trois coups des leaders au départ, l'Anglais venait de s'emparer des commandes du tournoi, seul en -12, dans un lointain déluge de décibels, après quatre birdies en cinq trous pour boucler l'aller.

(Koji Aoki/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Koji Aoki/AFLO/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Mais il y a décidément un juge de paix sur ce parcours divin, et il tient en deux mots : Amen Corner. Comme autant de chausse-trapes maléfiques, ces trous 11, 12 et 13 ont crucifié Rose (bogey, bogey, par), comme ils ont sanctifié McIlroy (par, birdie, birdie), avec une mention spéciale pour sa flèche posée au drapeau du 12, le plus beau par-3 du monde. « Le vent soufflait de la gauche, qui m'a fait penser à l'un de mes tout premiers entraînements ici, avec Tom Watson en 2009, racontait Magic Rory. Il m'avait dit qu'au 12, il attendait toujours de sentir d'où venait le vent avant de jouer, puis de taper le plus vite possible une fois la décision prise. C'est ce que j'ai fait. Je savais que c'était exactement un 3/4 de coup de fer-9. C'était vraiment un coup énorme, que je n'aurais pas pu frapper si je n'étais pas allé au practice hier (le samedi) pour essayer de neutraliser mes trajectoires, qui partaient trop de droite à gauche. »

Au sortir de cette trilogie enchantée, il suffisait alors à McIlroy de gérer ses deux coups d'avance, tout en surveillant du coin de l'oeil la charge héroïque mais trop tardive de Scottie Scheffler (68), seul joueur du Masters à avoir traversé le week-end sans concéder le moindre bogey depuis l'apparition des stats en 1942. Avant d'enfiler sa deuxième veste de member dans la Butler Cabin, l'ambassadeur mondial du golf s'offrait même le luxe d'un drive égaré au 18 pour une ultime frayeur ? sinon ce ne serait pas drôle et pas vraiment lui ?, et signer sa victoire par la plus courte des marges devant le n° 1 mondial.

(Katie Goodale/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
(Katie Goodale/IMAGN IMAGES/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Ce doublé, McIlroy l'a autant construit dans cette séance de 47 balles tapées à la nuit tombée samedi pour régler la mire que dans sa préparation du festin, loin des contingences du PGA Tour. En multipliant les allers-retours en jet privé depuis la Floride sur la journée, après avoir conduit sa fille Poppy à l'école, le Nord-Irlandais a bouffé du parcours comme personne pendant trois semaines au lieu de s'épuiser en tournois.

Le bel hommage de McIlroy à ses parents

« Rors » a embrassé son rôle de tenant du titre comme aucun autre avant lui, trop attaché qu'il est à la tradition et à l'histoire de son sport. Et répondu à toutes les sollicitations dues à son rang, pour le bonheur des petits hommes verts dont il est le chouchou, lui qui « s'est révélé être un champion exceptionnel, salue le président de l'ANGC Fred Ridley, par la manière dont il a représenté le Masters et le golf, au cours de l'année écoulée. Il a emmené sa veste verte et la tradition du tournoi à travers le monde. Il a été un hôte formidable lors du dîner du Masters Club. À l'image de son golf, le menu et la sélection de vins de Rory étaient de classe mondiale. »

On en dira de même de son discours d'une maîtrise impeccable, sur le green du 18, devant un parterre de membres aux anges et la larme à l'oeil quand, d'une voix étranglée, Mister McIlroy a remercié ses parents, Gerry et Rosie, qu'il avait convaincus de l'accompagner en Géorgie contre leur gré, car ils craignaient de lui porter la poisse : « Je vous dois tout. Si je pouvais être la moitié de ce que vous avez été pour moi avec Poppy (5 ans), j'aurais fait du bon boulot. » Tout simplement.