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Les Bordes, le renouveau d'un mythe

En inaugurant un nouveau tracé au sein de son domaine uniquement réservé aux membres, le golf des Bordes fait mieux que se renouveler. Le mythique domaine replace la France sur la carte du golf mondial avec un New Course proche de la perfection.

Lentement le large portail s'ouvre. Une majestueuse silhouette de cerf sur fond bleu sombre orne la grille et un nom magique la souligne : Les Bordes. C'est bien l'un des domaines parmi les plus exclusifs de France qui se dévoile enfin. Le genre de moment qu'on ne vit pas tous les jours dans une existence de golfeur lambda. Parce que ce n'est pas non plus un domaine comme les autres qu'on va arpenter pendant quarante-huit heures et pour la toute première fois.

Les Bordes... Rien que ce seul nom véhicule sa part de mystères, de fantasmes, voire de légendes depuis sa création dans les années 80. Les Bordes, c'est aussi clinquant qu'énigmatique, aussi prestigieux que mystique. Car là, noyé dans un domaine de plus de 650 hectares de forêts et de lacs, se niche un joyau multifacettes à la trajectoire parfois tumultueuse et aux trésors golfiques absolus.

La cathédrale Von Hagge

L'histoire des Bordes se déroule en trois actes. Un premier voit la création du tracé originel, aujourd'hui rebaptisé Old Course, sur les terres de chasse du Baron Bich. Le magnat du stylo à bille veut faire sortir de terre le plus beau parcours de France. Et en 1987, avec l'aide de son associé japonais, Yoshiaki Sakurai, le baron inaugure un chef-d'oeuvre signé Robert Von Hagge. Les critiques sont unanimes, Les Bordes fait d'entrée partie des tracés les plus somptueux d'Europe, si ce n'est du monde. La touche Von Hagge, faite de berlinoises, de fairways coupés au cordeau et de larges étendues de sable se marie à la perfection avec les vastes étendues de genêts, de fougères et de chênes centenaires.

Le 18 du Old Course est un par 4 impressionnant à l'oeil. (DR)
Le 18 du Old Course est un par 4 impressionnant à l'oeil. (DR)

On le dit très sélectif, presque monstrueux avec ses immenses pièces d'eau présentes sur pas moins de 12 trous. Les Bordes est effectivement une cathédrale qui ne se laisse dompter que par les plus fines lames. Le sens du détail y est exacerbé à la manière de parcours comme Valderrama (le baron Bich était un grand fan du tracé ibérique) et jouer Les Bordes est déjà à l'époque un must de tout golfeur qui se respecte. Ils sont tout de même 1 500 par an à fouler les fairways mythiques malgré le caractère exclusif de l'endroit.

Rumeurs et piétinements

Le second acte prend date en 2008. Les deux propriétaires originels du domaine sont décédés et Les Bordes, déjà réputé pour son caractère très sélectif à l'entrée, se ferme totalement. Les rumeurs les plus folles circulent sur les nouveaux propriétaires et ses 24 membres. On parle du milliardaire russe Roman Abramovich, propriétaire à l'époque du club de football de Chelsea, qui se serait offert ce joyau pour en faire un resort pharaonique... Un programme immobilier d'envergure était même censé y voir le jour saccageant l'esprit originel des lieux. Pourtant, il n'en est rien. C'est un groupement d'investisseurs européens qui prend à l'époque les rênes des lieux avec à sa tête un certain Kevin Cash.

Le trou n°15 du New Course est le par 4 favoris de son architecte. (DR)
Le trou n°15 du New Course est le par 4 favoris de son architecte. (DR)

Ce magnat de l'immobilier est clair sur ses intentions : « Mon objectif est de perpétuer l'art de vivre initié par le Baron Bich, déclarait-il au Figaro en 2012. Je tiens à ce que le développement du domaine se fasse dans le même esprit, celui qui a fait la renommée de ce club. » Mieux encore, Robert Von Hagge a en tête un nouveau parcours, en lieu et place du tracé de Ganay adjacent. Ce 36 trous voulu à l'époque plus accessible par le Baron Bich a dû fermer en 2010 suite à la découverte d'un site archéologique mérovingien de 13 hectares sous ses fairways. Mais le décès de l'architecte fin 2010 tout autant que de multiples embûches administratives mettent un terme provisoire au renouveau des Bordes et à ce deuxième parcours.

L'avènement du New Course

C'est au printemps 2018 que s'ouvre le troisième, et plus récent, acte du domaine. Le fonds d'investissement RoundShield Partners en la personne de Driss Benkirane prend la main sur Les Bordes. Et alors que le domaine se cherchait il y a encore quelques années, les repreneurs ont les idées claires sur son devenir. Les Bordes doit redevenir un club de membres et un endroit exclusif. Un nouveau parcours doit voir le jour et est même confié à Gil Hanse, l'architecte entre autres du renouveau de Winged Foot ou du parcours olympique de Rio en 2016.

Gil Hanse, l'architecte du New Course, au coeur de son chef-d'oeuvre. (DR)
Gil Hanse, l'architecte du New Course, au coeur de son chef-d'oeuvre. (DR)

Mieux, le domaine va accueillir un parcours de par-3, un hôtel 5* prendra ses quartiers dans le somptueux château du Bel Air, datant du XIXe siècle et présent sur le domaine, dont la gestion est confiée à la firme Six Senses. Un vaste programme immobilier est aussi dans les starting-blocks et le club-house, ancien relais de chasse du Baron Bich, est totalement rénové par Michaelis Boyd, un architecte londonien très en pointe sur les codes chics de la jet-set anglaise. Cette fois pas d'embûches, le renouveau des Bordes est une réalité.

Sourire complice

C'est précisément au coeur même de ce renouveau qu'on serpente depuis près de dix minutes. Car entre l'entrée du domaine et le club-house, il y a une sacrée trotte. La route fraîchement goudronnée débouche enfin sur le club-house des Bordes niché dans l'ancien relais de chasse du Baron Bich. Immédiatement, c'est le calme de l'endroit qui frappe. Pas un bruit à part celui du vent dans les arbres, de quelques oiseaux virevoltant et d'une voiturette qui file au loin. Il n'y a pas foule en ce début août. Un grand gaillard nous a repérés et s'avance, grand sourire aux lèvres. Lee Strutt est le superintendant du domaine.

Lee Strutt, le superintendant du domaine, est au coeur de ce renouveau. (J.P. Rodenburger/Journal du Golf)
Lee Strutt, le superintendant du domaine, est au coeur de ce renouveau. (J.P. Rodenburger/Journal du Golf)

Cet Anglais au regard rieur et à la carrure de pilier est arrivé au tout début des travaux du New Course. Il ne regrette pas sa venue en Sologne : « Créer ce parcours en partant d'une quasi-feuille blanche a été un voyage vraiment passionnant. J'ai pu travailler main dans la main avec Gil Hanse et échanger avec toute l'équipe sur la philosophie du parcours. On a énormément discuté, débattu, tenté tout un tas de concepts dans l'objectif de rendre ce New Course des Bordes vraiment unique. »

Et le sourire du greenkeeper en chef se fait encore plus large lorsqu'on lui pose la question qui tue : à quel point le Old et le New Courses sont-ils différents ? « Je ne veux pas vous en dire trop avant que vous n'y mettiez les pieds. Mais à part le fait qu'ils ont tous les deux 18 trous, ils n'ont rien en commun. Je dirais même que ce sont deux parfaits opposés. »

La suite de ce reportage exclusif au coeur des Bordes est à retrouver dans Journal du Golf n°168.