Nastasia Nadaud lors de l'Amundi Evian Championship, à l'Evian Resort Golf Club, le 12 juillet 2025 à Évian-les-Bains, en France. (IMAGO/Andre Engelmann/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
Nastasia Nadaud lors de l'Amundi Evian Championship, à l'Evian Resort Golf Club, le 12 juillet 2025 à Évian-les-Bains, en France. (IMAGO/Andre Engelmann/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Les 12 derniers mois de dingue de Nastasia Nadaud

En juillet 2025, elle était la petite nouvelle, celle qu'on invite pour se frotter aux meilleures. Un an plus tard, Nastasia Nadaud revient avec pas mal de certitudes, et le statut de joueuse du LPGA tour, le meilleur circuit de la planète. Une trajectoire incroyable pour une golfeuse qui n'a pas encore 22 ans.

Révélation de l'édition 2025, Nastasia Nadaud sera l'une des attractions de cet Evian Championship. Invitée il y a an ? Franck Riboud lui avait passé un petit coup de fil pour lui annoncer la nouvelle ?, elle avait réussi à passer le cut, avait brillé sur le parcours complexe du quatrième Majeur de la saison pour s'offrir, notamment, une partie de rêve le samedi.

Une 21e place à Evian au côté de Boutier et Delacour

C'était il y a un an, mais tout le monde se souvient de cette journée incroyable, de cette atmosphère, de cette tension et de la foule qui s'était pressée sur le tee n° 1 pour voir le premier drive : Nastasia Nadaud, la petite jeune, la locale qui a appris le golf à quelques kilomètres de là, à Aix-les-Bains, l'inexpérimentée qui se retrouve à partager un troisième tour avec deux légendes du circuit féminin.

Ce moving day, elle l'avait vécu avec Nelly Korda, la reine, l'héroïne, la modèle pour toute une génération, et Minjee Lee, l'Australienne, aux trois tournois majeurs, dont The Amundi Evian Championship en 2021. Les journalistes s'étaient dit que c'était le bon jour pour voir ce que ce grand espoir du golf français avait dans la tête et dans le ventre... Et très franchement, ils n'étaient pas très optimistes, persuadés que Nastasia Nadaud allait s'affaisser sous la pression, sous le poids de l'enjeu et du CV de ses partenaires du jour. Les journalistes se trompent parfois.

« Je suis quand même contente de la manière dont je me suis accrochée. Il faut que je garde cette attitude. »

Nastasia Nadaud, après avoir signé sa dernière carte lors de l'édition 2025 du Amundi Evian Championship

Malgré une frayeur avec son premier drive qui s'était retrouvé sur un autre fairway, elle avait tenu le choc, et joué de manière admirable pour rendre une carte de 67 et s'offrir une place dans le top 10 d'un des événements les plus relevés de la saison, et battre sur une journée Minjee Lee et Nelly Korda. En revanche, le dimanche ne s'était pas passé comme elle aurait aimé. Sur un tournoi de ce genre, il y a souvent un jour sans. Cela ne signifie pas que vous jouez forcément très mal, mais parfois la réussite fuit, le bon rebond des trois premiers jours a disparu, le feeling sur les greens aussi. Au final, elle s'est classée 21e, avec un score total de - 6, à égalité avec Perrine Delacour et Céline Boutier.

Voilà ce qu'elle avait déclaré juste après avoir signé sa dernière carte : « J'ai passé une semaine de dingue sur ce parcours. En quatre jours différents, j'ai fait du mieux que je pouvais sur chaque journée. J'ai envie de garder mon état d'esprit, car après chaque coup, j'ai essayé d'être le plus neutre possible, que le coup soit excellent ou moins bon. Mais pour en revenir à ces par-5, je n'ai pas eu beaucoup de chance, avec des coups moyens qui coûtent cher. J'ai pris le truc comme c'est venu. Après, ça m'a quand même mis un petit coup au moral, mais je suis quand même contente de la manière dont je me suis accrochée. Il faut que je garde cette attitude, et j'ai appris aussi à gérer le public. Je ne réalise toujours pas, il me faut un peu de temps ou une semaine pour que ça redescende un peu. »

Le LPGA dans la ligne de mire

Redescendre, reposer les pieds sur terre pour poursuivre sa saison et atteindre l'objectif fixé en début d'année : terminer dans le Top 10 du classement du LET pour s'offrir le droit de disputer le dernier tour des cartes américaines, celles qui peuvent vous ouvrir les portes du LPGA, le meilleur circuit de la planète, là où Nastasia Nadaud veut s'installer pour se confronter, toutes les semaines, aux stars du jeu.

Épuisée par l'enchaînement des tournois, elle a un peu peiné à redescendre avec notamment une tournée britannique délicate mais après un peu de repos, et pris quelques décisions radicales, comme celle de se séparer du jeune caddie, Guillaume Fanonnel, avec lequel elle avait pourtant brillé sur les versants d'Evian pour se tourner vers une Écossaise, Michele Thompson.

Nastasia Nadaud  lors de l'Amundi Evian Championship, à l'Evian Resort Golf Club, le 12 juillet 2025 à Évian-les-Bains, en France. (IMAGO/Andre Engelmann/PRESSE SPORTS/Presse Sports)
Nastasia Nadaud lors de l'Amundi Evian Championship, à l'Evian Resort Golf Club, le 12 juillet 2025 à Évian-les-Bains, en France. (IMAGO/Andre Engelmann/PRESSE SPORTS/Presse Sports)

Avec cette ancienne joueuse, Nastasia Nadaud a rapidement performé, s'octroyant même le premier tournoi professionnel de sa carrière, en novembre, sur la finale de LET, lors de l'Andalucia Costa del Sol Open de España. Un succès, une troisième place à l'ordre du mérite européen, et donc un voyage aux USA, à Mobile, Alabama, pour affronter ces fameuses cartes, ce marathon interminable. Un nouveau défi immense pour la joueuse de 21 ans. Nastasia Nadaud n'a pas tremblé, n'a pas craqué, obtenant ce qu'elle était venue chercher : une place dans les 25.

Elle a terminé 10e de cette longue course. « C'est vrai que c'est clairement un accomplissement assez dingue au vu de mon année, confiait-elle quelques heures plus tard, à la fois, soulagée, heureuse et éreintée. En octobre, je n'imaginais pas du tout que ma vie serait complètement chamboulée en allant jouer aux États-Unis l'année prochaine. Franchement, on m'aurait dit ça, j'aurais envoyé bouler tout le monde. C'est quand même une belle surprise. Juste dingue. Je m'étonne beaucoup de moi-même en fait. Après l'Espagne, je n'ai pas eu trop le temps de souffler et de me rendre compte de ce qui s'était passé. Et là, c'est un peu pareil. J'ai encore du mal à y croire mais, en regardant le calendrier 2026 et tous les allers-retours que je vais faire, je commence à réaliser. »

Problèmes de régularité à régler

Depuis quelques mois, elle vit sur une autre planète, et très franchement, ses premiers pas n'ont pas du tout été ridicules. Même si tout n'a pas été parfait, et qu'il a fallu digérer un maximum de données. Découvrir les parcours, s'habituer à l'herbe qui est différente, à la mentalité du circuit, à la solitude.

Au moment de boucler ce journal, elle a disputé 11 tournois, passé 8 cuts, et terminé 3 fois dans le Top 25, la dernière en date, sur le Meijer LPGA Classic for Simply Give, avec une carte inaugurale de 68, une finale de 67, mais entre les deux, deux scores moyens de 73 et 71. Ces dernières semaines, elle est parvenue à scorer assez bas, mais la régularité lui manque pour glaner quelques places au classement.

Installée à Dubaï depuis quelques mois où elle trouve des conditions d'entraînement optimales, elle a conservé exactement le même staff autour d'elle. Robin Cocq qui travaille aussi avec Ugo Coussaud s'occupe de son petit-jeu, et de son putting, Cédric Coquet de sa préparation mentale, et Renaud Gris, son coach de toujours, de son swing.

« En octobre, je n'imaginais pas du tout que ma vie serait complètement chamboulée en allant jouer aux États-Unis l'année prochaine. Franchement, on m'aurait dit ça, j'aurais envoyé bouler tout le monde. »

Nastasia Nadaud

C'est sur les greens qu'elle souffre le plus. Il y a quelques mois, juste avant de disputer l'Open de France, elle savait déjà qu'il lui faudrait absolument performer dans ce secteur de jeu pour exister sur le LPGA : « J'ai encore une marge de progression, c'est certain, par rapport aux meilleures joueuses, sur le petit jeu et le putting, expliquait-elle. Je travaille mais c'est un long processus, car le putting n'a jamais été ma force, ni en amateure, ni lors de mes débuts professionnels. Tout avance dans le bon sens, plus ou moins vite. On met les bouchées doubles avec mes coaches pour avancer là-dessus. »

Même s'ils ne sont pas avec elle, aux USA, ses coaches sont très présents. Joint au téléphone, Renaud Gris nous a expliqué comment le travail était effectué, à distance. « On a des points réguliers avec Nastasia, et Cédric Coquet, avec beaucoup de visios. Robin l'a vue aux USA. Il y a quelques semaines, elle est rentrée en France, on a pu travailler même si c'était un passage éclair. En janvier, on aussi réalisé vraiment une bonne session à Dubaï. Son grand-jeu est en place, cela n'a pas changé, et elle s'est fixé un objectif, celui de terminer dans le Top 60 de la Race. Elle joue bien, franchement. »

Bien jouer mais ne pas scorer, et gérer la frustration, une équation qui accompagne beaucoup de professionnels. Elle est autour de la 80e place. « Et puis quand vous êtes rookie, décrit Renaud Gris, il y a pas mal de nouvelles choses à gérer, donc ça prend du temps, de l'énergie, même si vous êtes bien accompagné, notamment grâce à un programme lancé par Michelle Wie West destiné aux rookies. » Perrine Delacour, l'expérimentée joueuse française du LPGA, l'a aussi prise sous aile, et la conseille beaucoup. On a donc hâte de revoir Nastasia Nadaud à Evian, mais avec un statut différent, celui d'une joueuse qui côtoie toutes les semaines les meilleures de la planète.