Le sujet n'a jamais quitté les discussions, mais il s'est encore durci ces dernières semaines. Porté par l'USGA et le R&A, le projet de rollback (retour en arrière) des balles, destiné à limiter les distances, ne s'oriente plus vers un calendrier en deux temps, mais vers une mise en place unique au 1er janvier 2030. Une évolution qui clarifie la trajectoire choisie par les instances, sans pour autant éteindre les résistances du golf professionnel, des fabricants et d'une partie de l'industrie.
Dans ce contexte, la prise de parole de Fred Ridley ne passe pas inaperçue. À Augusta, en marge du Masters en avril, le chairman du tournoi a réaffirmé une position ferme : « Nous soutenons pleinement les instances dans leurs efforts pour réguler les distances. » Un soutien clair, alors même que le sujet continue de diviser.
Un jeu en question
Pour les partisans du rollback, l'enjeu est simple : préserver la nature du jeu. « Le golf est devenu beaucoup plus unidimensionnel », estime Ridley. Avec des mises en jeu toujours plus longues, les joueurs attaquent de plus en plus les greens avec des fers courts, réduisant la diversité des coups. Une évolution qui inquiète une partie des décideurs.
Dans la même logique, Rory McIlroy s'est déjà montré favorable à une régulation encadrée : « Je ne comprends pas la colère autour du rollback des balles. Cela ne changera absolument rien pour le golfeur moyen et remettra le golf sur une trajectoire plus durable. »
« Réguler la balle n'est pas une tentative de revenir en arrière, mais de préserver l'essence du jeu »
Fred Ridley
À l'inverse, des figures historiques comme Gary Player alertent plus frontalement sur l'évolution du jeu : « En golf professionnel, il faut réduire la balle de 60 yards (55 mètres). C'est une tragédie. » Pour ces voix, le rollback apparaît comme une réponse nécessaire à une dérive progressive.
D'autres, en revanche, estiment que le problème ne vient pas seulement de la balle, mais plus largement de l'évolution du matériel et du jeu lui-même. Brian Harman pointe par exemple « l'effet trampoline » des drivers modernes, devenus si tolérants que « la balle n'a même plus besoin de prendre du spin » et que « les joueurs n'ont plus qu'à frapper aussi fort qu'ils le peuvent ».
Dans le même esprit, plusieurs joueurs ont rapporté une réflexion d'Adam Scott : plus jeune, quand son jeu se délitait, il sortait moins souvent le driver pour garder la balle en jeu. Aujourd'hui, quand son swing se dérègle, c'est au contraire ce club qu'il choisit, parce qu'il est devenu le plus droit et le plus tolérant de son sac.
Un sujet loin de faire consensus
Mais cette vision est loin d'être partagée par tous. Depuis l'annonce du projet, plusieurs joueurs et acteurs du circuit ont exprimé leur opposition, refusant toute limitation des performances. En toile de fond, une crainte : celle de freiner l'évolution du jeu et de l'équipement.
Bryson DeChambeau, symbole de puissance, s'est notamment positionné contre le principe même du rollback : « Je ne vois pas pourquoi on pénaliserait les joueurs pour leurs progrès physiques et techniques. C'est un énorme handicap pour ceux d'entre nous qui ont travaillé très dur pour apprendre à taper plus loin. » Même son de cloche chez Justin Thomas, qui s'interroge sur la pertinence du projet : « C'est une solution à un problème qui n'existe pas. » Il a même durci le ton ces dernières semaines : « J'ai le sentiment qu'une majorité de joueurs ici partage mon avis : il n'y a pas de problème avec la balle. Alors si c'est le cas, je ne sais pas pourquoi on laisserait un groupe de golfeurs amateurs décider de la façon dont nous jouons. »
Jordan Spieth ne rejette pas forcément toute évolution, mais il conteste frontalement la méthode : « Ils devraient trouver un moyen pour que ce soit la même chose pour tout le monde. Certains joueurs seront touchés de 2 yards (1,8 mètre) et d'autres de 20 (18 mètres). J'ai testé des prototypes Titleist face au vent, et sur deux coups avec la même vitesse de balle, la différence au carry était folle. La dispersion était énorme. »
Brian Harman, lui, reconnaît une partie du diagnostic sans valider le remède : « Je ne suis pas en désaccord avec l'idée qu'il y a peut-être un problème. Mais la solution qu'ils ont trouvée, ce n'est pas ça. »
Un désaccord qui explique en partie les hésitations autour du calendrier. Car si l'USGA et le R&A poussent depuis plusieurs années pour une régulation, l'adhésion d'Augusta change l'équilibre du débat. Le Masters rejoint désormais deux des autres piliers historiques du golf mondial, et cette convergence pèse lourd. Car si ces acteurs avancent dans la même direction, difficile pour le reste du golf mondial de considérer encore le sujet comme secondaire.
« Le rollback est la chose la plus atroce qu'on puisse faire au golf »
Bryson DeChambeau
En face, la résistance reste forte. La PGA of America s'est encore montrée fermement opposée au rollback, défendant une évolution naturelle du jeu et refusant une limitation imposée des performances. « Nous sommes farouchement opposés au rollback de la balle », a rappelé Derek Sprague, patron de l'organisation.
Sur le PGA Tour, la contestation ne se limite d'ailleurs pas à un rejet de principe. Maverick McNealy met lui aussi en cause la logique du projet : « Le golf n'a jamais été dans une meilleure situation. Je ne sais pas pourquoi on essaie de compliquer les choses pour une si petite fraction de la communauté des golfeurs. » Avant d'ajouter, à propos de la solution proposée : « Elle ne règle pas vraiment le problème. »
Une opposition qui dépasse donc le seul cadre des prises de position individuelles et rejoint aussi, plus largement, les réticences d'une partie de l'industrie du golf, attachée à la poursuite de l'innovation technique.
Des parcours sous pression
Au-delà du débat sportif, la question des distances pose aussi un problème structurel. Si Augusta National peut adapter son tracé, tous les parcours n'en ont pas les moyens. « De nombreux parcours, y compris certains sites emblématiques, n'ont pas cette possibilité », rappelle Ridley.
Allonger les parcours implique des coûts, du temps, et des contraintes environnementales croissantes. Un argument central pour l'USGA et le R&A, qui défendent une régulation globale plutôt qu'une adaptation au cas par cas.
Mike Whan, le patron de l'USGA, assume donc cette ligne ferme : « En tant qu'industrie, nous devons être capables de faire de petits ajustements qui servent l'intérêt du jeu à long terme, et que nous saurons bénéfiques dans 40 ans si nous sommes assez intelligents pour les faire aujourd'hui. » Pour l'USGA, la course actuelle à la distance n'est plus soutenable à long terme.
Un choix pour l'avenir du jeu
« L'échec n'est pas une option », insiste Ridley. Mais derrière cette affirmation, une réalité demeure : le monde du golf n'a toujours pas tranché. Le rollback dépasse aujourd'hui la simple question technique. Il interroge la direction que le sport veut prendre : encadrer la performance pour préserver certains équilibres, ou accompagner une évolution sans limite.
Le risque, désormais, est aussi celui d'un golf fragmenté. Sur le circuit, plusieurs joueurs redoutent, qu'à terme, certaines grandes épreuves se jouent avec une balle, et le reste du calendrier avec une autre. Brian Harman a résumé cette perspective avec ironie : « Ça vous paraît amusant ? Moi, ça ne me paraît pas amusant du tout. »
« Réguler la balle n'est pas une tentative de revenir en arrière, mais de préserver l'essence du jeu », conclut le chairman d'Augusta. À l'opposé, Bryson DeChambeau y voit « la chose la plus atroce qu'on puisse faire au golf ».
Derrière le débat sur la distance, c'est donc à la fois l'unité du haut niveau et la direction du golf moderne qui se jouent. Reste à savoir si le golf mondial saura encore parler d'une seule voix, et laquelle de ces visions finira par s'imposer.