(Bernard Dugros/Bernard Dugros)
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La Coupe des Capitaines, une Ryder Cup à la française

Pensée comme une Ryder Cup franco-française, la première Coupe des Capitaines a réuni une grande partie de l'élite tricolore dans les Landes. Plus qu'une exhibition entre copains, l'événement a surtout montré qu'un format lisible, proche du public et spectaculaire pouvait offrir au golf français une belle vitrine.

Il y avait, au départ, tous les ingrédients d'une parenthèse légère. Une semaine de break dans le calendrier, trois parcours landais parmi les plus beaux de France, des joueurs venus parfois avec leurs proches, des retrouvailles entre générations et une atmosphère de chambrage permanent. Mais il n'a pas fallu longtemps pour comprendre que la Coupe des Capitaines ne resterait pas seulement une exhibition entre amis. À Hossegor puis à Seignosse, les sourires et les blagues du practice ont rapidement laissé place à la concentration, à l'esprit de compétition et aux encouragements.

C'est précisément dans cet équilibre que cette première édition a trouvé sa place. En opposant huit joueurs de l'est (Team Est) à huit joueurs de l'ouest (Team Ouest), avec des foursomes, des fourballs puis des simples, l'épreuve a repris les codes de la Ryder Cup pour les adapter au golf français. Le résultat a donné un format facile à suivre, spectaculaire et suffisamment rare dans le paysage professionnel pour susciter une vraie curiosité et toucher un public plus large. Dans un sport où les joueurs évoluent presque toujours seuls, la dimension collective a immédiatement changé le rapport à la compétition.

D'une table de soins aux fairways landais

L'idée naît sept mois plus tôt, lors des cartes européennes en Espagne, autour de Damien Grison et Sébastien Vivé, deux ostéopathes habitués à côtoyer les joueurs français. « Sébastien a eu une idée un peu folle, pendant une séance de soins. Il a dit pourquoi on n'organiserait pas une Ryder Cup franco-française. Et on avait sur la table Alexander Levy, qui a bondi en disant : mais les gars, vous tenez quelque chose d'extraordinaire ! raconte Damien Grison. Les joueurs ont immédiatement répondu oui. Ça a été notre première surprise. »

Alexander Levy, lui, n'a jamais douté de l'accueil que pouvait recevoir le projet auprès du groupe français : « Je leur ai dit : allez-y les gars, sondez les joueurs. Tout le monde va dire oui, je vous promets. C'est une super idée. »

« Ce genre d'événement contribue au développement du golf français. C'est très bien. Et je suis très content d'en faire partie. »

Clément Charmasson

En quelques mois, les deux organisateurs cherchent des partenaires, sollicitent les parcours, construisent un budget et convainquent Canal+. Damien Grison ne cache pas l'ampleur du chantier : « Ça a été de gros sacrifices. De deux ou trois petits appels par jour, on est passé à une vingtaine par jour. »

Le plateau, lui, a fait le reste. Romain Langasque, Antoine Rozner, Julien Guerrier, David Ravetto, Tom Vaillant, Oihan Guillamoundeguy, Clément Charmasson, Benjamin Hébert, Alexander Levy, Charles-Henri Quélin, Julien Mouchet ou encore Mathieu Decottignies-Lafon ont côtoyé Victor Dubuisson, Mike Lorenzo-Vera, Nicolas Colsaerts, Grégory Bourdy, Raphaël Jacquelin et Grégory Havret. Une réunion rarement possible, surtout sur une semaine normalement laissée libre à des joueurs déjà très sollicités. « On a tous pris le temps de faire de la place pour ce tournoi, parce que ça nous tient à coeur », souligne David Ravetto.

Entre chambrage et envie de gagner

Si les joueurs ont répondu présents, c'est d'abord parce que la formule leur parlait. Beaucoup ont grandi avec les compétitions par équipes, les équipes de France, la Gounouilhou ou les souvenirs amateurs. Sur les grands circuits, ces occasions sont devenues presque inexistantes. « Mes meilleurs souvenirs, très sincèrement, ils sont en équipe, confie Romain Langasque. Dans notre sport, nous sommes rivaux, mais nous sommes aussi des amis en dehors. Donc de pouvoir partager ça tous ensemble, c'est très cool. »

(Bernard Dugros/Bernard Dugros)
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Mais dès que les parties ont commencé, le rendez-vous a pris une tournure plus sérieuse. Les groupes rouges et bleus se sont formés naturellement au fil des matches, chacun suivant les parties des siens autour des greens une fois leur partie terminée. Les capitaines, eux, avaient préparé leurs associations au-delà des affinités. Pour les foursomes, Grégory Havret voulait notamment associer « quelqu'un qui connaisse vraiment bien le parcours d'Hossegor, avec quelqu'un qui le connaît un peu moins bien », tout en tenant compte « de la moyenne de driving, de coups de fer, et de leur forme aussi ».

Julien Guerrier avait résumé l'état d'esprit avant le début de l'épreuve : « Bien sûr, c'est une compétition, mais là, on sait qu'on va plus se chambrer qu'autre chose. » Le vendredi puis le samedi ont montré que l'un n'empêchait pas l'autre. Benjamin Hébert l'a ressenti dans son double : « Au début, c'est bonne ambiance. Finalement, on se fait prendre par le jeu. On a envie de bien faire, on a envie de ramener le point à l'équipe. »

Le public au plus près

L'autre réussite de la Coupe des Capitaines tient à la place laissée aux spectateurs. À Seignosse, le public a suivi les parties de très près, parfois au milieu des fairways, dans une proximité rarement permise sur les tournois professionnels.

Charles-Henri Quélin, amateur intégré à l'équipe Est, y a vu l'un des points forts de la semaine : « Le truc que j'ai vraiment apprécié ici, c'est ce qui a été fait pour le public. Ils sont dans les cordes, ils sont "inside". Pouvoir fouler les fairways, être tout près des joueurs, ça n'a pas de prix. » Bénévoles, enfants, suiveurs et curieux ont profité de cette proximité, formant de véritables foules derrière les parties.

(Bernard Dugros/Bernard Dugros)
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Une aubaine pour les spectateurs comme pour les joueurs. Clément Charmasson le résume bien : « Avec le côté équipe et le côté match-play aussi, ça aide à rendre le jeu un peu plus spectaculaire. Les joueurs prennent un peu plus de risques pour faire plus de birdies et plus de show que dans un format traditionnel. Ce genre d'événement contribue au développement du golf français. C'est très bien. Et je suis très content d'en faire partie. »

Canal+ change la dimension

La présence de Canal+ a donné une portée supplémentaire à cette première édition. Golf+ a diffusé les simples, avant une prise d'antenne sur Canal+ l'après-midi. Cette exposition, rare pour le golf français, a participé à transformer un projet entre joueurs en véritable événement médiatique.

« Oui, il y a une équipe qui gagne, mais je pense qu'on a tous gagné aujourd'hui, tous les joueurs, et le golf en France en général. »

Raphaël Jacquelin

Damien Grison revient sur ce changement d'échelle : « L'arrivée de Canal+ a donné une toute autre dimension au projet. Il faut savoir qu'ils ont investi des moyens énormes, parce que c'est la première fois qu'ils produisent le golf », détaillait l'organisateur avant l'épreuve. Caméras, drones, parcours habillés, interviews sur le parcours, diffusion et commentaires en direct : l'épreuve a bénéficié d'un dispositif qui l'a installée dans un autre registre. Raphaël Jacquelin, capitaine de l'équipe Est, l'avait bien senti avant les simples, samedi matin : « Le but, c'est qu'il y ait un vrai match. Et là, c'est en train de monter. Quand on voit ce qu'il se passe au niveau de la couverture médiatique, ça fait tout de suite grandir l'événement. »

Une première qui appelle une suite

Sportivement, l'équipe Est a fini par renverser l'Ouest. Menés après les doubles, les joueurs de Raphaël Jacquelin ont dominé les simples à Seignosse pour s'imposer 10 à 6. David Ravetto a apporté le point décisif face à Antoine Rozner, déclenchant les célébrations de son équipe avant la fin de toutes les parties. Appelé en renfort pour remplacer Martin Couvra, Mathieu Decottignies-Lafon a savouré : « Je ne peux pas jouer dans ces conditions-là sur le Challenge Tour. C'était vraiment un gros kiff. »

(Bernard Dugros/Bernard Dugros)
(Bernard Dugros/Bernard Dugros)

Au moment de tirer le bilan, les deux capitaines n'avaient évidemment pas le même sourire, mais ils partageaient une conviction. Raphaël Jacquelin, vainqueur avec l'Est, a résumé l'état d'esprit général : « Oui, il y a une équipe qui gagne, mais je pense qu'on a tous gagné aujourd'hui, tous les joueurs, et le golf en France en général. » Grégory Havret, malgré la défaite de l'Ouest à domicile, a salué l'engagement des joueurs : « Ils étaient extrêmement concentrés, tous avec l'envie débordante de rapporter ce premier titre. » Avant d'élargir le constat : « Le golf français a gagné cette semaine. Mais c'est une bataille qu'on doit mener tout au long de l'année pour faire bouger les lignes. »

La suite reste à construire. Un rendez-vous annuel ? Un rythme tous les deux ans, plus proche de l'esprit Ryder Cup ? Les organisateurs veulent d'abord souffler, revoir les images et mesurer les retours. Mais cette première édition a déjà posé quelque chose : avec ses joueurs, ses parcours, sa diffusion télé et son public, la Coupe des Capitaines a prouvé qu'elle pouvait être plus qu'une belle parenthèse.