Racontez-nous comment tout a commencé pour vous...
Tom Ayling : « J'ai abordé le golf grâce à un père passionné, qui l'est toujours autant d'ailleurs, ou presque autant que moi. Mes parents ont eu la gentillesse de me laisser en faire plus qu'une passion. J'ai eu des études aménagées avec le Cned (opérateur public d'enseignement à distance, ndlr), où il y avait même plus de sport que d'études (rires). À 17 ans, j'ai rencontré la famille Subregis, qui m'a pris sous son aile. Kenny, très bon golfeur, passait tous les échelons et nous nous entraînions tous ensemble. Mais il y avait aussi Benjamin Hébert dans le groupe. On est en 2007 et on avait tous nos rêves golfiques. Après, petit à petit, j'ai laissé un peu de côté l'aspect golf, mais j'ai toujours eu l'ambition de potentiellement pouvoir, un jour, aider Kenny dans sa carrière. Et pourquoi pas en portant son sac. Mais j'ai vraiment commencé avec Benjamin Hébert sur le Challenge Tour. Depuis, je ne me suis pas arrêté.
Ça a tout de suite fonctionné avec Benjamin Hébert ?
T. A. : Je pense qu'avec le recul, si j'avais été Ben, j'aurais sûrement pris quelqu'un de beaucoup plus expérimenté (rires). J'étais très jeune, mais surtout sans expérience. Ben avait déjà joué de gros tournois amateurs. Il avait aussi déjà fait une saison sur le Tour. J'ai eu une chance énorme de me retrouver là, à ce moment-là, et ça m'a servi de tremplin.
Aviez-vous beaucoup de pression à caddeyer un joueur comme lui ?
T. A. : À l'époque, en étant complètement novice, j'avais beaucoup d'appréhension parce que c'était un milieu que je ne connaissais pas du tout. Mais aussi d'excitation de pouvoir côtoyer de très bons joueurs. On met énormément de responsabilités sur toi. Que ce soit pour prendre une décision, calculer une distance sur le parcours ou déterminer d'où vient le vent. Tu participes un petit peu à l'échec ou à la victoire de la personne.
Avez-vous des anecdotes ?
T. A. : Au début, j'ai fait quelques boulettes sur ce qu'on appelle les yardages, donc les distances et les positions de drapeau. Au lieu d'additionner, je soustrayais... Ça peut paraître vraiment tout bête comme ça, mais quand tu es dans le feu de l'action, au tout début, tu ne réfléchis pas spécialement de la bonne manière et tu peux te mélanger les pinceaux et te tromper. Heureusement, sur le moment, Ben n'avait peut-être pas encore 100 % confiance en moi, donc on faisait les calculs à deux. Du coup, je m'apercevais vite de mes erreurs. C'était une bonne école.
Comment se passe votre première rencontre avec Victor Dibuisson, en Suède ?
T. A. : La manière de faire aujourd'hui n'est plus du tout la même qu'à l'époque. Et personnellement, je pense que j'ai davantage de compétences aujourd'hui pour savoir quoi regarder et comment aider plus rapidement. Mais Victor a été d'une classe exceptionnelle. Il m'a mis à l'aise tout de suite. Victor est quelqu'un qui fait les choses différemment. Travailler avec lui m'a permis de développer la patience en essayant de comprendre quelqu'un qui ne donne peut-être pas beaucoup visuellement quand on le regarde d'un oeil extérieur. Mais quand il te sollicite, il faut être très fin et essayer de l'aider au mieux. Comme je suis encore très critique envers moi-même, je ne pense pas avoir eu, à l'époque, les compétences pour pouvoir l'aider encore davantage.
Avez-vous un peu le syndrome de l'imposteur ?
T. A. : Le fait d'être critique m'a aussi permis d'évoluer et de progresser. Si je continue dans ce métier, dans 10 ans, j'espère l'être encore. Etre caddy est un métier où tu apprends majoritairement sur le terrain et où tu te dois d'essayer de réagir et de comprendre le plus vite possible. Je travaille en ce moment pour un Danois et, quand j'ai commencé il y a quatre ans et demi, j'ai reçu pas mal de données, de statistiques et d'explications. À l'époque, Victor faisait les choses à sa façon et Benoît Ducoulombier, son coach, avait complètement compris le personnage. Le fait de ne pas avoir d'informations sur Victor m'a aidé à développer des compétences pour essayer de comprendre au mieux les personnes afin de m'adapter le mieux possible. C'est-à-dire, savoir quand dire les choses ou ne pas les dire.
Cette Ryder Cup 2014 était-elle, pour vous, un rêve de gosse ?
T. A. : Avec le recul, oui. Sur le moment, je pense que j'étais un peu sous morphine. J'étais dans un autre monde. Nous, les caddies sommes traités de la même manière que les joueurs. Il n'y a pas de différence ni de hiérarchie, chose qu'il peut y avoir en règle générale. Ce n'est pas dérangeant car l'athlète reste le joueur, celui qui génère les droits télé et l'exposition médiatique. Nous étions vraiment considérés comme 24 membres de l'équipe, plus les vice-capitaines. Ce fut l'une des meilleures semaines de ma vie, golfiquement parlant. Je passais du temps avec des gens que je regardais à la télévision. C'était un rêve. Avec le recul, je ne me souviens pas m'être dit : "C'est incroyable." Je le vivais simplement, mais en étant un peu à l'ouest, dans le bon sens du terme.
Retrouvez l'entretien en intégralité dans Journal du Golf n°207