TOMMY FLEETWOOD _ L'Albatros dans la peau
Entre Tommy Fleetwood et l'Albatros, la relation va bien plus loin que des statistiques et des birdies empilés. Depuis 2017 et sa victoire à l'open de France, l'Anglais et le parcours phare de notre pays ont noué un lien indéfectible. Impossible d'oublier son extase lors des prémices de la Ryder Cup 2018 et ce grand écart latéral à en faire craquer toutes les coutures, suite à un putt crucial rentré le vendredi matin, sur le green du 16. Ses quatre points ramenés pour l'équipe européenne, indissociable de Francesco Molinari lors des doubles, cimenteront sa love story avec les pentes yvelinoises. « Jouer en France m'a procuré des souvenirs incroyablement précieux, dira-t-il, et le Golf National est un parcours vraiment cher à mon coeur. » Une symbiose qui s'est gravée pour de bon dans une médaille d'argent, six ans plus tard au cours de la merveilleuse fête olympique de Paris 2024. Cette vraie lune de miel golfique, ce match total entre l'un des parcours parmi les plus sélectif d'Europe et l'homme à la nuque longue va reprendre son cours en ce début d'automne, pour le retour du « French » à Guyancourt. Le natif de Southport redécouvrira un parcours repomponné pendant ses deux années de fermeture, toujours plus périlleux et délesté de son temps faible des trous 4, 5 et 6. Un Albatros qui collera encore plus à son jeu, reconnu comme l'un des plus solides de la planète depuis près d'une décennie.
Avec les nouvelles pentes embusquées, ces quelques bunkers saupoudrés et de ce diabolique tee box reculé au trou 15, ce pur stade de golf récompensera plus que jamais le placement et la maîtrise des trajectoires plutôt que la puissance brute. Un devis collant à merveille aux qualités du huitième joueur mondial, qui a mis un mot clé pour résumer le défi parisien, « patience ». Pour ces retrouvailles avec le tracé et son chouchou, le public aura en plus droit à une version premium du Britannique. Car depuis sa breloque olympique, Tommy-la-barbiche a passé un palier en s'imposant l'an dernier sur le PGA Tour, après 164 essais infructueux et parfois quelques échecs cuisants. Trop souvent cantonné aux accessits (toujours aucun titre majeur, à 35 ans), il s'est enfin imposé sur le plus grand des circuits en remportant en août 2025 le Tour Championship. Avec en prime, la FedExCup. Encore auteur de huit tops 10 aux USA cette saison, c'est plus qu'une star qui débarquera au Golf National, c'est un vrai maitre de l'Albatros qui reviendra parmi nous.
VIKTOR HOVLAND - Le déclic du geek
Auto décrit comme « un pur geek de golf et de technique », Viktor Hovland n'a jamais vraiment cessé de chercher. Mais en 2026 et après des longs mois de doutes et de recul au classement mondial, cette quête a parfois ressemblé à une fuite en avant. Jusqu'à ce qu'un après-midi de juin, après un cut manqué à l'US Open, le Norvégien ne décide de rester seul sur le practice. Trois heures et quarante-huit minutes, pour 230 coups tapés. La scène décrite par un journaliste de Golf Digest présente un joueur grimpé dans le top 3 mondial en 2022, souvent souriant sur les fairways mais qui parfois, quand les balles ne tournent plus droit, à tendance à overthinker. Un excès d'introspection au point même d'en avoir un bouquin de prépa mentale posé sur le sac, lors de ce fameux après-midi à Shinnecock Hills. Son titre, tout un programme : « Le bien-être : un voyage au coeur d'une vie épanouie à travers la pratique sportive ».
Mais ce n'est peut-être pas dans le livre de Daniel Massaro que le Scandinave semble avoir trouvé le truc. Plombé par des ratés des deux côtés du fairway, qui lui ont notamment couté trois cuts manqués en Grand Chelem cette année, Hovland a décelé un souci dans la position de son poignet gauche en haut du backswing. Bien aidé ensuite par le retour de son coach historique Joe Mayo (qui était à ses côtés lors de sa victoire à la FedExCup 2023), la suite lui donnera raison. La semaine suivant l'US Open, il s'imposera de suite à Cromwell, puis terminera l'été avec une deuxième place au Tour Championship. Avec un jeu plus complet, plus constant sur les greens et moins dépendant de son légendaire jeu de fers, le droitier de 28 ans sera un favori logique d'un Open de France qu'il découvrira. L'enfant d'Oslo n'a encore jamais joué ce tournoi mais connait tout de même l'Albatros, découvert en 2024 aux Jeux olympiques. Il avait alors fini 30e, loin du podium.
Ludvig Aberg - La patience à l'épreuve
À l'image de Viktor Hovland, Ludvig Aberg est rare sur le circuit européen. Qui plus est en France où le Suédois n'est passé, chez les pros, que lors des précédents JO (18e). De cette unique visite aux abords de Guyancourt, la révélation de la Ryder Cup 2023 a laissé ce souvenir exquis d'un joueur rapide à jouer, mêlant vitesse de balle canon, précision diabolique pour attaquer les greens et « un swing magnifique, tout en liberté », selon les mots de Rory McIlroy lui-même, ravi de jouer avec un joueur au sourire presque permanent.
Cette décontraction et sa rapidité de prise de décision est devenue sa signature. Elle a pourtant été mise à rude épreuve au Players Championship cette année. Leader de trois coups avant le dernier tour, ce vainqueur de Majeur en puissance a finalement implosé à Sawgrass, brusquant son swing et ses choix pour l'échec le plus cuisant de sa jeune carrière. Heureusement pour lui, il en connait la cause : « Chaque fois que je me retrouve dans une situation stressante, je dois me forcer à ralentir, car j'ai tendance à me précipiter », a-t-il expliqué, après avoir laissé filer, à 26 ans, l'officieux cinquième Grand Chelem. Un temps aux portes du top 3 mondial, actuellement 16e planétaire, le problème d'Aberg n'est plus de savoir s'il possède le jeu pour gagner. Ça, on le sait depuis ses débuts chez les pros. Il s'agit désormais de savoir s'il saura, comme Fleetwood avant lui, transformer son immense talent en science des moments clés. Les quatre derniers trous de l'Albatros seront un premier juge.