Félix Mory, à la guerre comme à la guerre !

Six cuts ratés pour entamer sa première saison sur le DP World Tour avant d'allumer la lumière sur le Hero Indian Open (31e), un départ diesel qui n'a pas trop altéré la sérénité de Felix Mory (31 ans), bientôt papa pour la seconde fois. Même si le Nordiste se serait bien passé d'être bloqué plusieurs jours à Dubaï à cause du conflit en Iran...

Felix Mory tournait autour depuis si longtemps. 35e du Challenge Tour en 2021 en ayant gagné le Dormy Open, 41e en 2022, 31e en 2023, 26e en 2024 en ayant manqué la montée sur le DP World Tour à cause d'un putt de deux mètres en Chine sur l'avant-dernier tournoi, le Nordiste a fini y accéder l'an dernier après notamment un sacre sur le Swiss Challenge. Seulement, le rêve a vite tourné au cauchemar, chiffré et uniquement chiffré, avec six cuts ratés d'affilée. Pas au niveau ? Trop de pression ? La réalité est plus complexe et nuancée : « C'est un début de saison un peu merdique, je n'ai pas réussi à vraiment prendre le rythme. C'est le golf. Tu n'es pas toujours dans la balle. C'est dur, bien sûr, mais je reste positif. Il y a moyen d'apprendre de ce genre de moments. En fait, il n'y a pas un énorme gap à passer contrairement à l'idée qu'on s'en fait. Aujourd'hui, je me dis : "Si j'arrive juste à faire du Felix, ça va le faire." Or, au début, je voulais en faire plus, un peu trop. J'étais un peu plus impatient quand je ratais des coups. »

Les vents ont aussi été contraires. Felix Mory a notamment signé son 81 inaugural sur l'île Maurice en étant malade à crever. La période d'adaptation n'a pas non plus été facilitée par le contexte familial : « Ma femme attend notre deuxième enfant pour début juin et la grossesse a été super compliquée. Du coup, tu te sens coupable de repartir en tournoi dès décembre, de laisser aussi l'aîné (deux ans et trois mois, ndlr). Pourtant, j'avais bien digéré la montée, je ne me sentais pas du tout à plat. » Les éléments ont continué à s'en mêler quand une halte d'entraînement à Dubaï a mal tourné : « On a été coincés là-bas cinq jours fin février, au début de la guerre en Iran, avec Oihan Guillamoundeguy et son frère. C'était un peu chaud, pas hyper agréable, tu te demandes ce qui se passe, on entendait les explosions, ça a bien pété. J'ai dû rentrer à Munich par Oman, sans jouer Johannesburg et Le Cap ni même prendre part à un camp d'entraînement en Af Sud, avec Martin Couvra notamment. »

Le petit-jeu en question

Sur le plan du jeu, les constats ont été divers. Vincent Mory, président du golf du Sart où Felix a grandi, qui n'a jamais coaché son fils, garde en mémoire quelques longs coups de fil : « Avec Felix, on ne rentre pas dans le détail de ses résultats avec des pseudo solutions ou explications. On est là pour lui changer un peu les idées. Felix me disait à chaque fois qu'il tapait bien la balle mais que tout ne s'alignait pas correctement, que deux-trois drives lâchés lui ont coûté des cuts. Felix est quelqu'un qui relativise, qui est très zen. Il a une bonne gestion pour ça. Maintenant, ça ne veut pas dire qu'intérieurement, cela ne bout pas. »

Au chipping, le Nordiste a en effet parfois vu rouge : « On a joué sur des herbes un peu différentes, disons tropicales. Dans les Émirats, il y avait un peu de grain. En Chine, pareil. » Un ressenti de mal-être face à la balle qui n'a pas étonné Robin Cocq, son coach : « En matière de jeu, Felix va bien. Il y a beaucoup de force dans beaucoup de secteurs. Il y a des ressources solides en frappe de balle. Mais dès qu'il y a une fragilité, c'est le petit-jeu qui lâche en premier, avec des questions soudaines sur sa routine, même si c'est un secteur sur lequel il a beaucoup progressé ces trois dernières années. »

Travail dans la légèreté

L'effet domino a aussi eu un impact financier sans que Felix Mory se sente écrasé : « Ce n'est pas un paramètre qui m'ajoute de la pression. J'ai la chance d'être quand même bien soutenu. » Il n'empêche, tous les leviers ont été activés pour inverser la donne : « J'ai commencé depuis peu un travail avec Sophie Huguet, préparatrice mentale. On a déjà fait quatre séances. » Délicat de quantifier les fruits immédiats de cette initiative mais avec une 31e place sur le Hero Indian Open, le rebond a été amorcé : « Je fais une bonne semaine sans rien faire d'extraordinaire, juste en me sentant à ma place, en jouant mon jeu. J'ai confiance en ce que je fais et je parviens, malgré tout, à prendre du plaisir. Quand on s'est retrouvé dans une petite maison dans les cocotiers, à l'île Maurice, avec Oihan et son frère, on a mesuré la chance d'être là. »

Travailler dans la légèreté a aussi été au menu, mi-avril, lors d'un stage « Team Saint-Laurent » (avec Brun, Sale, Coussaud, Hébert, etc.) qui s'est tenu sur la Costa Brava, près de Gerone, au Camiral Golf (ex- PGA Catalunya), où se déroulera la Ryder Cup 2031. « Je suis satisfait de ce que j'y ai vu mais il va falloir enchaîner en tournois, sortir le grand jeu, tranche Robin Cocq. Sur le DP, si le niveau n'est pas suffisant, il n'y a pas de place pour les sentiments. » Felix Mory sait que sa marge est désormais restreinte : « J'ai encore de quoi finir dans le top 100 de la saison pour garder ma carte mais, si je veux jouer Punta Cana, le Scottish ou la Corée, il va falloir que je gagne vite. En fait, quand tu es jeune, le DP, c'est le rêve. Tu te crois arrivé mais, en fait, à ce jeu, tu ne l'es jamais. » Les Pavon et Saddier pourraient en témoigner depuis l'étage du dessus, le PGA Tour.