Vous êtes Espagnol, un grand pays de champions. Qui étaient vos idoles de jeunesse ?
« Mon premier héros était évidemment Severiano Ballesteros. Je suis madrilène mais ma famille vient de Pedreña, comme Seve. J'étais trop jeune pour le suivre sur les tournois, mais j'ai pu voir beaucoup jouer Sergio Garcia, que j'ai grandement admiré et avec qui je joue en équipe désormais, au sein du LIV. C'est d'ailleurs un grand honneur pour moi : Sergio a toujours été sympa et m'a donné pas mal de conseils quand j'étais amateur. Quand il jouait l'Open d'Espagne ou le Madrid Masters, j'allais systématiquement le suivre et, aujourd'hui encore, maintenant que je suis professionnel, il est de bon conseil, humainement autant que golfiquement. Je lui dois beaucoup.
Quels étaient vos liens avec la famille Ballesteros ?
Nous allions souvent en vacances chez mon grand-père, qui était de Pedreña et qui était proche des Ballesteros. J'ai beaucoup joué au golf là-bas et Seve s'y entraînait tous les jours. J'avais sept ou huit ans alors et il était déjà très malade, mais je me souviens de nos moments au practice. Il était très gentil avec moi, même s'il était déjà bien affaibli. On tapait des balles et, parfois, j'allais sur le parcours avec lui. Il m'a notamment dit une fois, comme un conseil que je n'oublierai jamais : « Tu veux devenir aussi fort que moi ? Alors entraîne-toi aussi dur. Car pendant que tu te reposes, d'autres travaillent dur de l'autre côté de la planète. » Il était mourant, mais il prenait quand même du temps pour moi.
« Seve m'a dit une fois : « Tu veux devenir aussi fort que moi ? Alors entraîne-toi aussi dur. Car pendant que tu te reposes, d'autres travaillent dur de l'autre côté de la planète. » Il était mourant, mais il prenait quand même du temps pour moi. »
Eugenio Lopez-Chacarra
Réalisiez-vous votre chance ?
J'ai eu ce privilège incroyable de le côtoyer, oui, j'allais même dans sa maison. J'ai vu, j'ai touché même certains de ses souvenirs, tous ses trophées, même la veste verte du Masters ! J'ai aussi une photo de moi avec la Claret Jug (la coupe du British Open, ndlr), qu'il m'a permis de tenir à ses côtés. C'est une chance incroyable d'avoir vécu cela, avec l'un des plus grands joueurs de l'histoire de ce jeu.
Quel souvenir vous vient immédiatement à l'esprit ?
J'ai aussi pu côtoyer son frère Vicente, professionnel également. Il a été mon premier coach, entre six et huit ans. Il m'a pris sous son aile presque immédiatement et c'est aussi grâce à lui que j'ai pu si souvent fréquenter Seve. Il jouait souvent avec mon père, mais j'ai pu aussi jouer avec lui, notamment sur le petit parcours de 9 trous, des pars 3 qui ne comptaient que des trous de maximum 80 mètres, avec des tout petits greens et des pentes dans tous les sens. C'est là que Seve travaillait son petit-jeu et qu'il me donnait ses conseils. Je devais parfois taper mon bois-5 pour arriver aux greens, mais c'était très amusant de vivre cela, aux côtés de lui et de ses frères.
Qui vous a enseigné le golf ?
J'ai commencé le golf à Madrid, mais à Pedreña, Vicente m'a repéré parmi tous les enfants qui s'entrainaient là-bas. C'est lui qui m'a enseigné tous les fondamentaux de mon swing. Techniquement, je dois énormément aux Ballesteros. Vicente et Seve m'ont appris tout ce qu'ils savaient. J'ai un lien éternel avec cette famille et j'y retourne aussi souvent que possible. Quand ils peuvent, ils me suivent sur le parcours et sur les tournois que je joue en Espagne, ou alors nous partageons simplement un dîner pour nous rappeler le bon vieux temps. Depuis que Seve nous a quittés, nous parlons moins de golf, mais plus de la vie en général. Leurs conseils me sont toujours très précieux et c'est une chance de pouvoir côtoyer encore cette famille.
Pensez-vous souvent à lui ?
J'ai vécu des moments inoubliables avec les Ballesteros et je suis si triste que Seve ne soit plus des nôtres, pour qu'il puisse voir tout le mal que je me donne. S'il me voit, j'espère qu'il est fier de ce que je fais, des heures que je passe à m'entraîner dur pour y arriver et tenter de devenir aussi bon qu'il l'était. Peut-être que je ne connaitrai pas tous ses succès, mais en tout cas, je donne absolument tout pour y parvenir.
Quel autre conseil de sa part retenez-vous ?
Quand j'ai répondu à Seve que je m'entraînais autant que possible, il m'a fait alors comprendre que ce n'était pas suffisant et que, surtout, la perfection au golf n'existe pas. Alors, il y a toujours quelque chose à travailler et à améliorer dans son jeu, forcément. Selon lui, on n'en fait jamais assez et il en va de même au niveau mental. Si l'on croit que l'on est suffisamment concentré sur sa partie et son golf, c'est faux, on doit pouvoir être plus focus que cela. Ses conseils ont changé ma vie et m'ont aidé à fixer des perspectives de carrière bien plus élevées que je ne l'aurais fait sans lui. Cette soif de progrès est rentrée en moi et va beaucoup m'aider. J'en suis reconnaissant à vie.
Vous a-t-il appris à taper ses fameuses sorties de bunker au fer-3 ?
Seve pouvait taper des sorties de bunkers lobbées, au fer-3.Et bien sûr que j'ai tenté de l'imiter ! Moi, j'arrivais à sortir la balle,oui, mais aussi haut, non ! Il venait d'une famille pauvre et ne pouvait s'offrir le matériel nécessaire. Il travaillait comme caddy et un collègue lui a offert un jour ce club si dur à jouer. Sans doute parce que le caddy lui-même n'était pas capable de le taper... Seve s'est mis à taper tous les coups possibles avec cet unique club qu'il possédait, il s'infiltrait sur le parcours la nuit, vous connaissez l'histoire. Il tapait même des balles sur la plage. Il était si doué, aucun coup ne lui résistait. Même ces fameuses sorties de bunker en cloche. Seve était unique.
Avez-vous développé des similitudes avec lui ?
On m'a souvent dit que je lui ressemblais sur le parcours, un peu au niveau du swing aussi. J'essaie de montrer la même passion du golf que Seve avait. Nous partageons ce même amour immodéré pour ce jeu et le fait d'être sur un parcours. Il aimait ça plus que tout, ce sport était sa passion absolue. C'est pareil pour moi : que je joue bien ou mal, cette flamme est en moi. On a le même ADN, cette même envie de créer des coups et d'y mettre toute son envie. Seve était unique et peut-être que je n'atteindrai jamais son niveau, mais je m'inspirerai de lui, pour toujours. »