Vous allez participer cette année à votre 11e Amundi Evian Championship. Vous souvenez-vous de votre première participation ?
Céline Boutier : « Oui. C'était en 2014, après les Championnats du monde au Japon. Cette semaine-là, j'avais appris que j'avais reçu une invitation pour jouer l'Evian Championship en tant qu'amateure. C'était vraiment incroyable. J'avais évidemment regardé le tournoi à la télévision, mais je n'y étais jamais allée en personne. Découvrir le site, voir toutes les meilleures joueuses du monde, c'était une semaine très forte en émotions.
Aviez-vous été particulièrement marquée par quelque chose lors de cette première découverte ?
C. B. : J'avais été très surprise par la vue, bien sûr, mais aussi par la difficulté du parcours. Je me souviens avoir été étonnée qu'il soit aussi vallonné. Je me rappelle également avoir joué une partie de reconnaissance avec Suzann Pettersen, qui était alors tenante du titre. C'était une expérience incroyable à vivre.
Quand vous revenez à Évian aujourd'hui, avez-vous des rituels particuliers ?
C. B. : Pas spécialement. Mes semaines d'entraînement se ressemblent beaucoup, quel que soit le tournoi. Je joue généralement neuf trous le lundi, neuf trous le mardi, puis il y a le pro-am du mercredi. J'essaie de garder une routine très similaire d'une semaine à l'autre. En début ou en fin de semaine, il m'arrive d'aller un peu en ville, mais pendant le tournoi, je reste surtout dans ma bulle. Ma famille vient chaque année. Ils louent toujours un appartement ou une maison, donc j'essaie aussi de passer du temps avec eux.
À Évian, depuis votre victoire de 2023, vous arrivez toujours avec l'étiquette de favorite française. Est-ce compliqué à gérer ?
C. B. : C'est quelque chose que j'ai toujours connu depuis que je suis devenue professionnelle et que j'ai commencé à obtenir des résultats. Les attentes viennent de l'extérieur, mais aussi un peu de moi-même. Ce n'est pas facile à gérer et cela demande du temps. Je pense d'ailleurs que c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles j'ai eu du mal à performer à Évian certaines années. J'essaie de ne pas trop changer mes habitudes. Je conserve la même routine d'entraînement et de préparation que lors d'une semaine classique. Il y a simplement quelques sollicitations médias supplémentaires. Mais j'essaie de garder les choses aussi simples que possible.
Que reste-t-il de cette victoire en 2023, votre premier Majeur ?
C. B. : Beaucoup de très bons souvenirs. Cela reste une semaine inoubliable. Même si quelques années ont passé, quand je pense à Évian, ça me ramène forcément à ce succès et ça me redonne envie de revivre ces émotions.
Vous en parlez encore avec vos proches ?
C. B. : Pas très souvent. Mais certaines personnes y font allusion au détour d'une conversation. C'est vrai que ça revient de temps en temps. Ça ne me dérange jamais car c'était une semaine incroyable pour ma carrière et elle ne représente que du positif, donc c'est toujours agréable d'en reparler.
Regardez-vous parfois les images de cette victoire ?
C. B. : Non, pas vraiment. Je reste surtout avec mes souvenirs.
« J'ai réellement pu profiter et me rendre compte de ce que j'avais accompli deux ou trois semaines plus tard, quand j'ai enfin eu le temps de me poser. »
La pression devait être immense... Comment avez-vous su la gérer ?
C. B. : C'est en ayant ce genre d'expérience qu'on arrive à la maîtriser. Ça peut être un peu inconfortable au début car on ne sait pas trop comment faire. Avec l'expérience on apprend beaucoup. Mais ce n'est pas forcement la même vérité toutes les semaines. Parfois j'ai un peu plus de mal, je suis un peu moins bien dans ma tête, je me mets trop de pression. Mais les fois où j'ai réussi à surmonter cette pression, c'est en étant beaucoup plus centrée sur mes coups et sur mon jeu. Du coup, c'est vrai que je la ressentais, mais je n'étais pas submergée.
Si vous deviez revivre un seul moment de cette semaine, lequel choisiriez-vous ?
C. B. : Je dirais le trou n° 18, et plus précisément la marche entre mon coup de wedge et le green. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment réussi à profiter à fond de l'instant. Avant, j'étais très concentrée sur mon jeu. Le 18 est un trou tellement exigeant qu'on ne peut jamais vraiment se relâcher. Une fois arrivée sur le green, je me suis dit : "Maintenant, je peux profiter." Voir tout le monde réuni autour du 18, entendre les encouragements, partager cela avec les fans français, ma famille et mes proches, c'était incroyable.
Y a-t-il eu un coup particulier pendant votre semaine où vous avez senti que quelque chose se passait ?
C. B. : Pas forcément un coup précis. Mais en regardant la semaine dans son ensemble, je me souviens d'avoir rentré quelques chips importants. Et lors du dernier tour, j'ai réussi deux birdies sur les cinq premiers trous. Cela m'a permis de prendre un bon départ, de me relâcher un peu et de jouer avec davantage de liberté.
A-t-on vraiment le temps de profiter de ces moments ?
C. B. : Pas immédiatement car tout va très vite et le lendemain de ma victoire, je partais déjà en Écosse pour un autre tournoi. J'étais donc déjà replongée dans la préparation de la semaine suivante. J'ai réellement pu profiter et me rendre compte de ce que j'avais accompli deux ou trois semaines plus tard, quand j'ai enfin eu le temps de me poser.
À l'époque, vous disiez que gagner à Évian était un rêve. Une fois ce rêve atteint, est-il difficile d'en trouver d'autres ?
C. B. : Non, je ne dirais pas cela. Il y a toujours quelque chose que l'on a envie de faire, de gagner ou de revivre. Quand on atteint un objectif aussi important, cela motive davantage. On se fixe un nouveau cap. Dans une carrière, il n'y a pas un seul rêve, un seul objectif phare. Il y a toujours d'autres tournois, d'autres accomplissements qui guident. Par exemple, je suis restée deux ans et demi sans gagner mais cela m'a donné d'autres objectifs : simplement retrouver le chemin de la victoire, même si ce n'était pas dans un Majeur.
Depuis votre première venue en 2014, le parcours a-t-il beaucoup changé ?
C. B. : Pas tant que cela. On m'a dit qu'il y avait eu quelques modifications cette année, mais je ne les ai pas encore vues. Depuis 2014, certains trous ont été allongés. Je crois notamment qu'un par-5 est devenu un par-4 (le 13, qui reste un par-5 en dehors des tournois pros, ndlr). Le trou n° 16 a également évolué visuellement. Mais dans l'ensemble, la personnalité et le caractère du parcours sont restés les mêmes.
Quels sont les secteurs clés à maîtriser ?
C. B. : Je ne parlerais pas de zones particulières, mais plutôt de types de coups. Le parcours est assez étroit, avec beaucoup de dévers et très peu de lies plats. Les cibles sont également assez petites. Il faut donc énormément maîtriser les trajectoires de balle.
Votre trou préféré ?
C. B. : Le 16. L'ambiance y est incroyable. Le green est assez fou et les zones d'atterrissage sont très étroites, ce qui met beaucoup de pression. Mais j'adore l'environnement. La vue est magnifique et tout le monde est regroupé dans cette zone entre le 16 et le 18. Ce sont des passages fantastiques pour terminer. Ce ne sont pas forcément les trous les plus faciles, mais le fait que tout le monde soit rassemblé au même endroit crée une atmosphère unique. Le 16 ressemble presque à un stade, et l'arrivée du 18 avec toute la foule derrière le green est vraiment spectaculaire.
« Cette victoire au ShopRite LPGA en mai dernier m'a rappelé que j'étais toujours capable de gagner. »
Fin mai, vous avez retrouvé la victoire pour la première fois depuis octobre 2023. Quel effet cela fait-il ?
C. B. : Cela faisait longtemps que je n'avais pas gagné. Je ne m'attendais pas forcément à ce que cela arrive cette semaine-là, mais cela m'a fait énormément de bien. Cela m'a soulagée et encouragée, parce que cela faisait quelque temps que je n'avais plus soulevé de trophée. Cette victoire m'a rappelé que j'étais toujours capable de gagner.
Qu'est-ce qui vous a manqué ces dernières années ?
C. B. : Je ne pense pas qu'il y ait eu une raison unique. J'ai quand même été plusieurs fois très proche de gagner, avec notamment deux deuxièmes places et plusieurs dernières parties. Il fallait simplement continuer à se donner des opportunités. Cette année, j'ai davantage travaillé mon driving. L'an dernier, certaines semaines, c'était plutôt le putting qui m'avait manqué. À ce niveau, tout se joue sur des détails. Il est donc difficile d'identifier un seul facteur.
Dans quel secteur du jeu avez-vous le plus progressé depuis 2014 ?
C. B. : Je dirais que tout s'est amélioré. J'ai gagné en distance, mon putting est devenu plus régulier et mon jeu global est plus solide. Mais si je devais citer un domaine où la progression a été la plus importante, je dirais probablement mon petit-jeu et mon chipping.
La Solheim Cup approche. Est-elle déjà dans un coin de votre tête ?
C. B. : Oui, bien sûr. C'est l'un des grands rendez-vous de mon calendrier et j'ai vraiment hâte d'y être.
Avec notamment Nelly Korda côté américain.
C. B. : Oui, mais cela fait déjà plusieurs éditions qu'elle est là. Ce n'est pas une surprise. C'est évidemment une joueuse exceptionnelle, mais la Solheim Cup se joue à 12 contre 12. Il faut bien plus qu'une seule joueuse pour la gagner. Je pense que l'équipe européenne sera également très forte. J'ai vraiment hâte de vivre cette semaine et de rapporter la coupe à la maison. »