Céline, vous terminez 9e de l'Open de France ; comment analysez-vous votre semaine ?
Céline Boutier : « Je n'ai pas vraiment réussi à scorer comme je le voulais. J'ai vécu un premier tour assez difficile, il y avait du vent. J'ai eu pas mal d'occasions de scorer bas les deux jours suivants, mais je ne les ai pas saisies sur les greens. Je suis un peu frustrée de ma semaine côté jeu, mais je suis contente d'être revenue en France et d'avoir pu jouer devant le public français. J'en ai également profité pour passer du temps avec mes amis. C'était sympa de revenir en France aussi pour ça.
Même si ce n'était pas un tournoi du LPGA, y a-t-il un peu plus de pression à jouer devant votre public ?
C. B. : Oui, forcément. On n'a pas envie de décevoir les gens qui viennent vous soutenir. Il y avait un peu de monde dimanche. C'est toujours sympa de voir des gens qui vous soutiennent et vous encouragent. Je n'ai pas toujours l'occasion d'avoir cette expérience toutes les semaines aux États-Unis.
Quelle est la première chose que vous faites quand vous revenez en France ?
C. B. : Je vais dans une boulangerie et j'achète une baguette ou un sandwich (rires). S'il y a quelque chose qui me manque au niveau culinaire aux États-Unis, c'est bien ça. Ensuite, je vais voir ma famille et, quand je suis de passage, j'essaie de retourner à la maison. Mais je fais souvent un petit tour dans une boulangerie. Là-bas, il n'y a pas ce savoir-faire. On arrive à trouver des croissants ici et là, mais le pain est vraiment différent.
L'Open de France, quand on est Française, c'est important ?
C. B. : Ça a toujours été un tournoi important pour moi. C'est le premier événement professionnel que j'ai eu la chance de jouer en tant qu'amateure. C'était très inspirant de pouvoir jouer à l'époque avec les meilleures joueuses européennes. C'est important pour moi de revenir et de voir comment le tournoi a évolué au fil des années. J'ai connu le Paris International Golf Club à mes débuts, puis Chantaco, le golf du Médoc où j'ai gagné en 2021, et maintenant Deauville. Ici, le tournoi a pris une nouvelle direction en mêlant art et golf. C'est très inspirant, fun et un peu différent des tournois que l'on a l'habitude de voir.
Parlez-nous de votre saison sur le LPGA. Comment la jugez-vous ?
C. B. : De manière générale, je suis un peu frustrée par mes résultats. Je n'ai pas vraiment réussi à performer dans les tournois majeurs (meilleur résultat : 21e à The Amundi Evian Championship, ndlr). C'est ce qui me dérange le plus. Je dirais que j'ai réussi à me mettre en position quelques fois, mais je n'ai pas vraiment réussi à conclure. Mais je trouve que ma seconde partie d'année est plutôt solide, au niveau de mon jeu. Je n'ai pas réussi à traduire ça dans les résultats, mais il me reste encore quelques tournois. J'espère arriver à performer un peu mieux. Mais pour le moment, ce n'est pas une saison à la hauteur de mes attentes.
Quand vous voyez une joueuse comme Nelly Korda qui n'a rien gagné en 2025 après une saison 2024 hors norme, est-ce plutôt rassurant ?
C. B. : C'est assez connu dans le golf. Il y a des moments qui sont un peu meilleurs que d'autres. Ce sont des phases. Tout le monde en traverse, et ça ne m'inquiète pas trop. Je sais que ça va arriver et je continue de travailler pour mettre toutes les chances de mon côté. Quand les résultats arriveront, il faudra en profiter au maximum.
Vous n'avez pas gagné depuis 2023 sur le LPGA. Y a-t-il une forme d'impatience ?
C. B. : C'est difficile de gagner, mais pour moi, c'est juste frustrant. Je ne pense pas que ce soit un problème de niveau de jeu. J'ai vraiment réussi à jouer assez solidement sur pas mal de semaines. Mais pour le moment, ça n'a pas suffi. Ça met aussi les choses en perspective. La dernière fois que j'ai gagné, j'avais remporté quatre trophées cette saison-là. Donc, c'est vrai que ça donne l'impression que gagner est peut-être un peu plus "facile" que ça ne l'est. Mais ces deux dernières années m'ont fait redescendre sur terre. Ça me donne encore plus envie de revivre ces émotions, parce qu'il n'y a vraiment rien de comparable.
Tire-t-on de l'expérience de ces périodes de disette ?
C. B. : Je pense qu'on apprend tout le temps. Quand on joue bien, mais surtout quand on joue moins bien. Ça ne peut pas vraiment faire de mal. Même si on aimerait avoir des résultats, je pense qu'il faut aussi le prendre du bon côté et essayer d'en tirer quelque chose. C'est ce que j'ai essayé de faire. Maintenant, il faut juste que je sois plus patiente.
Des joueuses vous ont-elles impressionnée cette année sur le LPGA ?
C. B. : Toutes les semaines, je suis impressionnée. J'ai l'impression qu'elles sont de plus en plus fortes. Cette année, beaucoup de Japonaises qui étaient rookies ont réussi à gagner très rapidement. Et j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de joueuses qui arrivent à gagner très rapidement sur le Tour. Mais de manière générale, le niveau de jeu du Tour devient de plus en plus fort.
Travaillez-vous sur quelque chose de spécifique cette année sur votre jeu avec Cameron McCormick, votre entraîneur ?
C. B. : Ça dépend vraiment des phases. En début d'année, j'ai eu plus de mal avec mon long-jeu. Et puis, cette moitié et fin d'année, j'ai eu plus de mal avec mon putting. Il n'y a vraiment rien eu de spécifique.
Quel type de coach est Cameron McCormick ?
C. B. : Il va droit au but. Il n'a pas vraiment de défaut, je dirais. Il est très intelligent, passionné. C'est quelqu'un qui sait de quoi il parle. Maintenant, il me connaît très bien, ça fait 10 ans que je travaille avec lui. Donc, ça va très vite. Je fais quelques swings, et il arrive à me dire très rapidement ce qui va et ce qui ne va pas. Malgré son analyse assez complète et détaillée dans sa façon de penser, il arrive à me donner un feedback assez simple et qui marche. C'est assez pratique (rires). Je sais que quand je vais le voir, mes problèmes vont être réglés.
Quelle est votre vision d'un coach de golf ?
C. B. : Je pense que la relation avec le coach dépend vraiment de la joueuse. Quand je vais le voir, nous dialoguons beaucoup. Les 5 à 10 premières minutes, Cameron essaye d'évaluer et de comprendre ce dont j'ai besoin, en me demandant si j'ai remarqué des choses durant les dernières semaines qui se sont bien ou moins bien passées. Ensuite, on fait une analyse de chaque compartiment du jeu ou des problèmes que j'ai. Il me donne alors une direction sur laquelle je dois me concentrer. Après, c'est beaucoup de travail, je lui donne mon ressenti si j'ai l'impression que ça fonctionne ou pas, etc. Puis on passe sur un autre compartiment du jeu qui peut me poser problème. Mais c'est vrai que c'est quelqu'un qui est très axé sur les détails, et j'apprécie beaucoup. C'est très précis, rien que dans sa façon d'analyser les choses. Par exemple, il y a quelques années, j'avais une leçon de putting, et même le son de la balle, du contact, il y porte attention. Personnellement, c'est quelque chose sur lequel je n'avais pas vraiment fait attention avant. Je trouve ça rassurant parce que je sais qu'il considère toutes les possibilités.
Est-ce que vous tapez toujours autant de balles qu'avant ?
C. B. : Physiquement, je ne pense pas pouvoir taper autant de balles. C'est important, peut-être en début de carrière, d'avoir pas mal de répétitions, d'avoir des bases solides. Aujourd'hui, mon swing est un peu plus ancré, et j'ai des tendances que je connais un peu plus et des sensations que je retrouve assez facilement. Dès que j'arrive à changer quelque chose et que je sens que c'est bien, j'arrive à m'adapter et à changer assez rapidement, ce qui n'était pas forcément le cas en début de carrière. Donc, c'est vrai que ça me permet peut-être de taper un peu moins. Et puis, surtout physiquement, je sais que je ne peux pas taper quatre heures de balles comme je le faisais auparavant.
Comment voyez-vous votre fin de saison ?
C. B. : Il ne me reste plus trop de tournois. Donc, je vais juste essayer de me préparer au mieux pour pouvoir finir fort. »