Mulligan Boys Club
Après 14 heures de vol et avec 8 heures de décalage horaire dans les pattes, notre aventure au Japon commence au coeur de Tokyo, à Shibuya, le Time Square japonais, le quartier qui ne dort jamais. Néons agressifs, foule compacte, bourdonnement permanent, fast-food de ramen tous les 50 mètres, mais surtout un carrefour géant où toutes les deux minutes des milliers de piétons traversent ou se prennent en photo dans le Shibuya Crossing. Michel Pigneul, Franco-Japonais, rencontré à l'occasion de la Paris Golf Gallery et notre contact sur place, nous a donné rendez-vous à quelques rues du symbole de la capitale tokyoïte. « Vous allez voir un distributeur de cigares, c'est en fait une porte secrète qui ouvre sur un bar caché, je vous attends là. » Le message est énigmatique, mais aiguise notre curiosité. Et même si on se laisse guider par notre GPS, ce n'est qu'après deux ou trois tentatives que l'on trouve enfin ce fameux distributeur de cigares juste en dessous d'un panneau lumineux « Mulligan Boys Club ». Après une seconde d'hésitation pour trouver l'ouverture, la machine coulisse finalement sur la gauche pour laisser place à un escalier. Quelques marches plus bas, la porte du Mulligan Boys Club s'ouvre, Michel nous accueille. « Bienvenue dans l'un des bars cachés de Tokyo, consacré au golf mais pas que », précise le Franco-Japonais. Effectivement, après quelques pas, on retrouve un condensé de la culture pop du pays. Devant un bar à l'accent cubain, ici des bornes d'arcade regroupant tous les jeux vidéo de notre enfance, là sur le mur un croquis de Monkey D. Luffy, l'un des héros de One Piece, un célèbre manga japonais. « Eiichiro Oda, l'auteur, est venu ici et il nous a fait ce dessin à même le mur, raconte Michel. On a juste mis un cadre pour le protéger. » Le bar est un vrai cabinet de curiosités avec tout au bout un simulateur de golf. Un petit groupe enchaîne les balles sous la surveillance d'un pro de qui leur donne des conseils avisés dans une ambiance décontractée. « C'est très convivial, insiste Michel. On vient ici pour boire un verre, taper des balles mais aussi rencontrer des gens, discuter. On est ouvert jusqu'à 5 heures du matin et les semaines de Majeurs, on les diffuse sur écran géant ; il y a une sacrée ambiance. »
Urban Golf
Si l'on veut s'entraîner au coeur de la capitale, plusieurs solutions s'offrent à nous et pour tous les compartiments du jeu. Les plus emblématiques sont les practices hors norme et chaque golfeur qui a déjà mis les pieds à Tokyo aura certainement cette phrase pour vous : « Il faut tester un des practices, c'est énorme. » En effet, ça l'est, et nous choisissons l'un des plus grands. Direction donc le Jumbo Golf Center dans le quartier d'Adachi. On vous plante le décor : un practice sur quatre étages avec quasiment 300 tapis et d'immenses filets. L'organisation est impeccable, avec plein de formules. Il faut compter 550 ¥ (3 €) de frais pour le tapis et l'acquisition d'une carte à puce pour acheter des balles (11 et 22 ¥ la balle). L'endroit est ouvert quasiment 24 h/24. On y croise tout type de golfeurs, du débutant au touriste en passant par le joueur venu prendre un cours avec son pro. Tous les tapis sont dotés de distributeurs de balles automatiques et de radars Top Tracer pour décortiquer nos coups. À l'image d'un Top Golf, le practice dispose d'une multitude de cibles et sa longueur de 230 m permet de travailler les longs clubs, ce qui est plutôt rare à Tokyo. On a aimé la formule « All You Can Hit » à 3 100 ¥ (17 €) pour 90 minutes. C'est un passage obligé dans l'aventure golf japonaise.
Pour travailler notre putting, direction un autre quartier de la ville. Comme le bar caché de Michel, on a dû un peu batailler pour trouver cette petite pépite golfique. Direction la périphérie de Tokyo et le quartier de Kameido. Entre les immeubles et sous la voie rapide, les installations sportives du Tatekawa Kasenjiki Park s'enchaînent : terrain de basket, zone de canoë-kayak, Urban Foot, mur d'escalade. Au détour d'un pylône, on tombe enfin sur un terrain de golf, ou plutôt neuf trous synthétiques. On pousse la petite barrière métallique et dans un petit bâtiment, un couple de personnes âgées attend derrière un comptoir. En rentrant, on découvre sur notre gauche des dizaines de putters alignés et dans un panier une multitude de balles multicolores. Pas de green-fee à payer, tout est gratuit et on vous offre même la carte de score à garder précieusement pour votre collection de parcours insolites. L'expérience est top et même si le synthétique ultra rapide demande un temps d'adaptation, c'est l'endroit idéal pour faire un concours entre amis. On se dit surtout qu'on aimerait avoir ce genre d'installation à côté de chez nous.
Matériel à gogo et fashion style
Tokyo c'est aussi le paradis pour le shopping golf. Côté matériel, l'incontournable est incontestablement le Kotobuki Golf World. Cinq étages dédiés au matériel, qu'il s'agisse de neuf, d'occasion, de balles, de gants, de marques japonaises, internationales... On y trouve forcément son bonheur. Au sous-sol, des simulateurs permettent de tester et fitter vos clubs. Pour dégoter des vêtements golf dans un style typiquement japonais, la capitale regorge de boutiques fashion et originales. On retrouve Michel Pigneul à Shibuya dans sa boutique Lost Ball. Un « flagship store » qui possède des simulateurs de golf, mais aussi un corner fringues. Il y a de tout, des tee-shirts, des polos, des casquettes, à porter à la ville comme sur le parcours. Un vrai échantillon de la fashion golf au Japon. « Pendant le Covid, il y a eu une explosion de marques japonaises qui se sont lancées. La vraie tendance en ce moment au Japon, ce sont les mock necks, tous ces vêtements avec le col montant. On a aussi des goodies comme un porte-balle en cuir qui se porte à la ceinture, des imitations de paquets de cigarettes avec des tees à l'intérieur, et plein d'autres choses. Mais pour ceux qui veulent vraiment plonger dans la culture fashion golf, je conseille la boutique Rufflog. »
Pour les fans de goodies, la boutique à ne pas louper se nomme The Divot. Également à Shibuya, en plus des vêtements de fashion golf japonaise actuelle, un corner vintage nous fait faire un bond dans le passé. Casquette plate sur la tête et sweat à capuche sur le dos, une vendeuse nous montre quelques pépites : des polos Reebok aux coloris douteux, un tee-shirt Chi-Chi Rodríguez signé par le champion, un autre logoté Masters aux couleurs légèrement passées. Enfin, tout au fond de la petite boutique, une étagère est remplie de trésors récoltés par le propriétaire des lieux au fil du temps : figurines de Tiger Woods en pagaille, des peluches et autres pépites du Masters.
Le mois prochain, changement de décor, direction la région du mont Fuji.