Adrien Saddier est à part dans le monde golf français, ou plutôt, dans son coin à lui. Pas de Dubaï, Andorre, Cannes ou même la toute proche Suisse, à 30 minutes à peine de sa Haute-Savoie. Il préfère son côté des Alpes et surtout son parcours de toujours, le Golf Club d'Ésery, là où « Bidou », comme beaucoup le surnomment ici, a débuté tout bambin. Au pied du château, l'actuel n° 2 national s'y entraîne, seul et libre comme l'air, loin de son staff. Le parcours compact est son royaume, sa salle de muscu son refuge personnel, construit exprès pour l'enfant du pays. « Alors pourquoi irais-je ailleurs, hein ? J'ai tout, ici », glisse-t-il peu après notre accueil, cordial et ponctuel, mais sans tape dans le dos ni fausse empathie. Avec ses muscles saillants, son regard droit comme un shaft et sa gourmette en acier, il est comme il est, Saddier. Un gars de la montagne, solide et direct, qui ne cherche pas à plaire à tout prix. Un taiseux, même, comme nous l'a souvent décrit son coach Benoît Ducoulombier. Un chouille distant, sûrement, mais comme on a pu le voir au contact de Nicolas, meilleur ami, ancien caddy et employé d'Ésery, le 191e joueur mondial sait chambrer et se remémorer les 400 coups du passé. Mais aussi aimer et rendre, sincèrement. Que ce soit avec sa première coach / « deuxième maman » Sabine Etchevers, pour l'école de golf locale dont il anime avec plaisir des clinics, ou envers « les gens du coin », dont nombreux l'aident depuis son passage pro en 2012.
Alors non, celui qui enchaîne les tops 15 sur le Tour européen ne nous aura pas ouvert les portes de son intimité. Pas son genre. Mais Adrien Saddier le golfeur aura baissé bas son pont-levis local, comme convenu des semaines auparavant, pour découvrir l'intensité dingue de sa préparation hors circuit et un swing si solide, à qui il ne manque que la victoire. Et pour percer l'armure, ses petites attentions en diront long. C'est tout bête, mais « Bidou » aura tout préparé en amont, prenant soin de prévenir lui-même l'accueil de notre venue, mais aussi de réserver une voiturette, mise à sa demande au nom de Journal du Golf. Sans parler d'une note de restaurant pour sa pomme, là où le burger savoyard fait presque oublier la fondue locale. À suivre ses pas dans son quotidien, entre parcours et salle de sport, jamais un soupir de lassitude ou de fuites fugaces. Que de la bonne volonté, révélée aussi quand, détendu et rigolard, il aura fallu mettre une chemise (« c'est pas mon style »), oser des mimiques devant l'objectif (« sourire, c'est pas trop mon truc ») et répéter, sous le soleil de mai, les poses photo dont il est tout sauf coutumier. Le 29e au classement du DP World Tour restera fidèle à son engagement jusqu'à l'heure convenue, celle d'aller chercher son fils après l'école. Car ici, l'Éserien à décidément tout pour lui.