2014 - Dubuisson devient « Cactus Kid »
Tout golfeur français se souvient d'où et il était, tard dans la nuit qui menait au lundi 24 février 2014. Sûrement sur son canapé, ou plutôt, debout dessus, les mains croisées sur la tête. En finale du Championnat du monde de match-play, Victor Dubuisson soulève le sable du désert de Dove Mountain à force de coups de génie. Jouées entre caillasses et cactus au premier puis au deuxième trou de play-off, ses approches miraculeuses mettront debout la France du golf. Et presque à terre son adversaire Jason Day, qui beau joueur finira par rire des come-back impossibles du Frenchie. Alors tant pis si nos « mais non ? » ou nos « énormes ! » ont réveillé les voisins du dessous. Pas bien grave non plus aussi, si nos yeux peinaient à s'ouvrir le lendemain, pour expliquer sur la chaîne L'Équipe le talent du jeune cannois. Un gars de chez nous, avec sa barbiche, sa visière et ses mains en or, crée l'événement. Et ses deux chips font le tour du monde des télés. On peut même prétendre que l'Amérique a mis cette nuit-là un nouveau un nom sur le golf tricolore, 15 ans après la noyade malchanceuse de Jean Van de Velde à Carnoustie. Rien que pour ça, on dit merci au désormais « Cactus Kid ».
Benjamin Cadiou.
2016 - Jordan Spieth tombe à l'eau
Au printemps 2016, le joueur texan de 22 ans est n° 1 mondial, porté par une année 2015 riche de deux victoires au Masters et à l'US Open - plus une quatrième place au British et une deuxième à l'USPGA. C'est aussi l'enfant chéri d'Augusta, à l'évidence, après une deuxième place pour sa première participation en 2014 et une marche triomphale en 2015 pour sa première veste verte. Alors, quand il enchaîne quatre birdies du 6 au 9 pour prendre cinq coups d'avance, il semble inarrêtable. C'est le moment choisi par Dan Jenkins, légende américaine du journalisme, pour tweeter : « Je ne veux pas porter la poisse, mais je rappelle quand même qu'il y a de l'eau en jeu sur les trous 11, 12, 13, 15 et 16. » De fait, après deux bogeys au 10 et au 11, Spieth balancera son coup de fer dans l'eau du 12. Il prendra un drop dans la pire zone possible, grasse et boueuse, pour rester court du green là encore. Un quadruple bogey plus tard, sonné, il voyait l'Anglais Danny Willett lui passer devant pour finalement s'imposer avec trois coups d'avance. Depuis, il a un mal fou à se débarrasser de ses fantômes.
Philippe Chassepot.
2018 - Une Ryder pour l'éternité
On ne croyait pas assister un jour à la Ryder Cup en France. Après l'annonce de son obtention en 2011, on a dû patienter sept ans. Pourtant, la compétition a été encore plus belle que prévu. Depuis 2018, chaque fois que l'on croise un spectateur de l'épreuve en France, le plaisir commun revisité est identique. Pourtant, plus on s'approchait de l'épreuve, plus on sentait un mélange d'excitation et de peur, deux ans après la raclée de Hazeltine, 17 à 11 pour les US. Les Américains arrivaient à Paris gonflés de certitudes. Ils ont subi l'une des plus grosses déroutes de l'histoire de l'épreuve dans l'une des plus belles éditions de tous les temps. Jubilatoire. Score final 17,5 à 10,5. Robert von Hagge, disparu en 2010, avait imaginé ce stade de golf 30 ans auparavant. L'architecte américain aurait adoré voir ces tribunes naturelles remplies sur des dizaines de rang avec une vue imprenable sur le parcours. Le dimanche, on a eu la chance d'accompagner dans les cordes, le long du 1, la première partie composée de Rory McIlroy et Justin Thomas. L'atmosphère était incroyable, mélange de tension et de passion : près de 30 000 personnes encerclaient cette arène du 1 et du 2, véritable stade de foot de golf. Rory McIlroy a échoué de justesse pour répondre au birdie de son rival. Cet oiselet aurait déclenché la plus grande ovation de l'histoire de l'épreuve. Du jeu ? Qu'importe ce putt raté, cette Ryder Cup en France restera inoubliable pour tous ceux qui y ont assisté. La leçon donnée aux Américains, si sûrs d'eux-mêmes, ajoutant du bonheur au bonheur. Sublime et inoubliable.
Arnaud Tillous.