Le vainqueur du British Open Louis Oosthuizen, « Shrek » pour les intimes, est un ogre qui a connu la famine, mais savoure désormais tous les festins qui s’offrent à lui.
Il était une fois, dans un pays fort, fort lointain, un jeune garçon tout ce qu’il y a de plus normal. Ses parents étaient de simples agriculteurs et rien ne le prédestinait à devenir, bien des années plus tard, un ogre craint et respecté.
Né le 19 octobre 1982 à Mossel Bay, sur la côte est de l’Afrique du Sud, le garçon est baptisé Lodewicus Theodorus, du nom de son grand-père. Il devient tout simplement Louis ; et bien des années plus tard l’écartement de ses dents lui vaudra de ses amis le surnom de « Shrek ».
Dès sa plus tendre enfance, le futur ogre est initié au tennis par son paternel, en même temps que son frère. Mais à l’âge de 10 ans, Louis troque la balle jaune pour la blanche. Le golf devient son sport.
A la cour du bon Roi Ernie
Comme son ami Charl Schwartzel, il fait ses classes dans les rangs amateurs sud-africains. Son talent et son sérieux lui valent d’être appelé à la cour du bon Roi Ernie, créateur de la Ernie Els and Fancourt Foundation. Il y apprend à devenir un champion glouton.
« Ce qu’Ernie a fait pour moi est incroyable, en me faisant voyager dans le pays, en m’aidant financièrement, ce genre de choses », reconnaissait Oosthuizen au soir du cut lors du British Open. « C’est tellement un bon mentor, et il est probable que sans lui, sans ces trois années passées dans sa fondation, je ne serais pas là ».
Au cours de ses études golfiques, le jeune Shrek s’ouvre l’appétit en goûtant à quelques mets délicats : les Championnats du monde juniors par équipe en 2000, l’Irish Amateur en 2002. Le 12 décembre de la même année, il signe un 57 (-15) sur son parcours de Mossel Bay : un déclic qui lui fait comprendre que pour manger à sa faim, il doit se mettre en chasse.
Les années de disette
Oosthuizen passe pro en 2003 avec un handicap de 6. Il alterne les apparitions sur le Sunshine Tour sud-africain en hiver et sur le circuit européen le reste de l’année, mais peine à marquer son territoire. De 2003 à 2006, il fait l’expérience de la famine et alterne les passages du Tour européen au Challenge Tour.
Tenace, le jeune ogre gagne définitivement sa place sur le grand circuit fin 2006. L’année suivante, il signe trois victoires sur sa terre natale et aiguise ses instincts carnivores. 2007, 2008 et 2009 sont trois années de montée en puissance, certes sans victoires en Europe, mais qui lui permettent de se faire un nom.
Aimable apéritif en Andalousie
L’élève de Pete Cowen, qui entraîne également Schwartzel, Lee Westwood et Graeme McDowell, aborde 2010 toutes griffes dehors. Il décroche deux tops 15 en Afrique du Sud, une 5e place à Abou Dhabi, un nouveau top 15 au Qatar et une 2e place au Maroc comme autant de hors-d’œuvre avant le festin.
La délivrance arrive enfin le 28 mars en Espagne, où Oosthuizen s’impose avec trois coups d’avance sans l’Open d’Andalousie. « J’étais très frustré sur le parcours ces quatre dernières années parce que je savais que je pouvais gagner sur le circuit européen, et que ça n’arrivait pas », raconte-t-il. « Je me suis dit, essaye juste de te faire plaisir ».
L'orgie écossaise
Mais finalement, cette première victoire n’était qu’un aimable apéritif pour un Shrek pas rassasié. L’appétit venant en mangeant, l’ogre sud-africain a choisi un rendez-vous avec l’histoire du golf pour s’offrir sa grande bouffe : Saint Andrews, « the Home of Golf », pour les 150 ans du British Open le 18 juillet dernier.
Des adversaires mangés tout crus et un suspense quasiment tué dès le soir du cut : c’est à peine si Louis Oosthuizen a laissé quelques miettes après sa gargantuesque orgie écossaise !
« Voilà, que dire… j’ai gagné le British Open 2010… waouh, qu’est-ce que c’est bon ! » écrivait-il sur son blog dans la foulée de son triomphe. « Je me suis toujours demandé quel goût ça aurait si jamais ça se produisait […] Je dois dire qu’à la minute où je me suis trouvé dans cette situation, j’ai adoré ! »
Repu pour l’instant, Oosthuizen est rentré à Mossel Bay, où il possède une maison à côté du domicile parental, pour fêter son triomphe. Avant de revenir semer la terreur sur les fairways de Whistling Straits lors du PGA Championship dans deux semaines, le fils d’agriculteur s’est payé une tranche de bon temps. Et en ogre aux goûts simples, il s’est offert en guise de cadeau… un tracteur !