On attendait énormément de la première intervention publique de Tiger Woods. Mais on n’a pas appris grand chose, ni sur ses frasques extraconjugales, ni sur la date de son retour sur les parcours.
Même l’annonce de la troisième guerre mondiale par Barack Obama en direct d’un bunker de la Maison Blanche serait sans doute plus joviale que l’intervention de Tiger Woods hier.
A 11h locales (17 heures françaises), il est arrivé devant l’estrade installée au siège du PGA Tour américain comme un écolier pris la main dans le sac de sport du voisin : petite mine pas trop fière, silence de cathédrale (un public d’amis et de partenaires triés sur le volet), et il a lu son texte un petit quart d’heure durant.
Il a souvent essayé de se donner un air ému et tendu, d’avoir le regard grave, bien fixé sur la caméra, mais l’émotion n’a pas traversé l’écran.
Ça ressemblait plus à une figure imposée qu’à une réelle volonté de répondre à toutes les interrogations. Une première étape d’un plan de communication très bien ficelée : ont aussi été données en pâture à la presse internationale quelques photos qui montraient que Woods avait couru mercredi et tapé des balles jeudi.
Pas de golf pour l’instant
A la question essentielle qui obsède tous les fans de golf (« Mais quand va-t-il enfin revenir ?), Tiger Woods a simplement déclaré : « Je compte revenir au golf, mais je ne sais pas encore quand. Je n’exclus pas l’idée que ça puisse être cette année. » Pour le reste, il s’est infligé quelques minutes d’auto-flagellation.
Morceaux choisis : « Je suis profondément désolé d’avoir été aussi bête et aussi égoïste », « Je ne sais pas comment j’ai pu faire ça à ma femme et mes enfants », « Je vous ai tous laissé tombé, vous mes fans, vous mes amis, vous mes sponsors. »
Après cet acte de contrition, il a rendu un vibrant hommage à sa femme, si courageuse dans l’épreuve : « Elin mérite d’être louée, pas critiquée. Il n’y a jamais eu de violence domestique entre nous. »
Puis Woods en a profité pour rappeler que grâce à sa fondation, il avait changé la vie de millions d’enfants (on n’a pas compté jusque-là, mais s’il le dit…), et que la presse était vraiment méchante d’avoir embêté sa maman, sa femme, et d’être allée faire le guet devant l’école de sa fille aînée pour voler quelques photos.
Baisers silencieux
On n’en saura pas plus sur ses incartades, car il a prévenu : « Je comprends qu’il y ait beaucoup de questions, mais toutes les questions et les réponses resteront entre Elin et moi. »
Ce qui tend à confirmer qu’on n’aura jamais droit à la grande séance de confession publique.
Puis, en toute fin de performance, il est allé chercher le réconfort dans les bras et les baisers de sa mère, qui a semblé tout faire pour détourner son regard pendant son intervention, et qui lui a murmuré à l’oreille : « Je suis si fière de toi. Ta mère sera toujours là pour toi, je t’aime », selon le site golfdigest.com.
Quelques autres amis ont aussi eu droit à une accolade, notamment Notah Begay, devant les regards interdits de l’assistance. Puis il s’en est allé, sans un applaudissement, sans une question, après avoir livré ceci : « Dès demain, je retourne à plus de soins et plus de thérapie. J’ai besoin de retrouver mon équilibre . »
Il ne changera jamais
Ainsi s’est achevée cette « conférence » de presse nouvelle génération, où le public de figurants privilégiés était condamné à rester muet. L’association américaine des journalistes de presse écrite avait d’ailleurs boycotté l’invitation, en raison de quotas trop serrés sur le nombre de participants.
On s’est alors remémoré la récente intervention de John Feinstein, la légende vivante de la presse américaine : « Une chose est certaine : quoi qu’il arrive, il demeurera toujours aussi invisible qu’auparavant et retournera dans son univers une fois ses parcours terminés. »
Vrai qu’on reste sur un drôle de sentiment. Tiger Woods a certes avoué des fautes et ses regrets, mais on aurait vraiment aimé savoir, ou du moins deviner, jusqu’à quel point il était bouleversé par ses errements.
On aurait aimé davantage de spontanéité et d’humanité. Mais de cette pauvre intervention qui transpirait tant la mauvaise mise en scène, on retiendra surtout cet enseignement : rien ne changera chez Woods.
Il gardera sous contrôle tout ce qu’il peut contrôler et en dira toujours le moins possible. Alors il pourra faire tout ce qu’il veut sur les parcours, remporter tous les Majeurs qu’il veut, on sait maintenant que son image s’est dégradée pour toujours, et qu’il ne saura sans doute jamais la réparer.